le Lundi 27 juin 2022
le Jeudi 23 juin 2022 0:17 Société

10 ans après la tragédie du centre Algo : La guérison n’est pas terminée

Le terrain de l’ancien centre commercial Algo après la démolition. —  Photo : Archives
Le terrain de l’ancien centre commercial Algo après la démolition.
Photo : Archives
Elliot Lake — Le samedi 23 juin 2012 est une journée gravée à tout jamais dans la mémoire collective d’Elliot Lake. Ce jour-là, il y a dix ans, une portion du toit du centre commercial Algo s’est effondrée pendant les heures d’ouverture de l’établissement. Deux femmes — Lucie Aylwin 37 ans et Doloris Perizzolo 74 ans — ont tragiquement perdu la vie dans la catastrophe, survenue en raison d’une défaillance d’une poutre en acier sérieusement corrodée.

Les origines de l’édifice

Le centre commercial Algo était en quelque sorte le carrefour communautaire d’Elliot Lake. 

Inauguré en 1980, l’énorme édifice de deux étages contenait 60 960 m2 d’espace commercial (200 000 pi2) et une gamme complète de services et de magasins à l’intérieur. On y retrouvait entre autres une épicerie, une banque, un hôtel, des restaurants, la bibliothèque municipale et le bureau de santé publique d’Algoma.

Le toit servait de stationnement à longueur d’année — un facteur déterminant qui aurait partiellement contribué à l’effondrement du bâtiment.

Le Centre Algo accueillait de nombreuses boutiques et de nombreux services, comme la bibliothèque municipale.

Photo : Site web archivé du Centre commercial Algo

Le jour de l’incident et la suite des évènements

À 14 h 18 précise le premier samedi de l’été 2012, la vie des résidents d’Elliot Lake a été bouleversée à jamais. Plusieurs personnes, dont la députée fédérale Carol Hughes, se souviennent du moment où elles ont appris la nouvelle.

«Je me rappelle que j’étais à Cambridge avec ma fille. J’avais été la visiter quand j’ai eu l’appel. C’est certain que c’était un gros choc d’apprendre que le centre d’achat s’est effondré et qu’on cherchait pour certaines personnes encore», raconte Mme Hughes.

«Mon bureau était dans le centre d’achat. Je me demandais si mes employés [qui parfois allaient au bureau la fin de semaine] étaient bien et si ceux qui ont cherchait pour étaient pour être en bonne santé», ajoute-t-elle. «Ça n’a pas pris de temps que je pacte mes valises et je m’en aille à Elliot Lake.»

Mme Hughes et ses collègues étaient parmi ceux et celles qui ont travaillé un nombre incalculable d’heures avec la ville, la province et le fédéral pour trouver de l’aide aux personnes affectées par cette catastrophe.

Le Centre commercial Algo dans ses belles années.

Photo : Site web archivé du Centre commercial Algo

Couronne de fleurs à la mémoire de Lucie Aylwin.

Photo : Archives

Les conclusions du rapport 

L’effondrement du centre commercial Algo a suscité tellement d’indignation et d’attention médiatique qu’une enquête indépendante a été commandée par le gouvernement de l’Ontario afin de  mieux comprendre les causes et ce qui a mené à des délais d’intervention de secours.

La Commission d’enquête sur l’incident d’Elliot Lake a publié en 2014 un rapport volumineux de 1509 pages en français retraçant la tournure des évènements qui ont mené à l’incident.

Des problèmes de fuites d’eau avaient été observés depuis l’ouverture du centre commercial. Par contre, aucune membrane imperméable n’a été installée entre la toiture et la surface du stationnement. 

Malgré plusieurs réparations de fissures, l’eau coulait toujours sur la poutre d’acier qui allait devenir la cause du désastre, apportant du sel qui, au cours de plusieurs décennies, avait détérioré jusqu’à 85 % de la puissance du soudage.

Durant la présentation publique du rapport, l’auteur et juge Paul Bélanger avait décrit la tragédie comme «une histoire d’erreur humaine, prenant plusieurs formes — l’apathie, la négligence, l’indifférence, la médiocrité, l’inaptitude et l’incompétence allant jusqu’à l’avarice pure et simple, l’obscurcissement et la duplicité».

«Les propriétaires ont choisi de faire des réparations bon marché et sans résultats et ont opté pour la vente du centre commercial, lorsque confronté par des factures de réparation importantes. Ils ont activement caché à la ville et aux acheteurs postérieurs leurs connaissances des états de l’aire du stationnement», signalait à l’époque M. Bélanger.

«Le dernier propriétaire d’Eastwood Mall Inc. a activement représenté faussement la nature des réparations entreprises sous sa direction et a usé […] de mensonges pour induire en erreur les autorités, les locataires et le public.»

«Il est difficile de ne pas conclure que si l’un ou l’autre de ces propriétaires, les ingénieurs ou les agents impliqués du centre commercial, au bout de ses 33 ans d’existence, avaient dit assez “Ce bâtiment va céder s’il n’est pas réparé”. Deux vies n’auraient pas été gratuitement et tragiquement perdues. Quelques personnes ont bien fait, mais on les a ignorés.»

Des recommandations ont également été émises quant à la coordination des efforts de sauvetage, car certaines erreurs — dont le retrait temporaire des secouristes de l’édifice et un manque d’accès à certaines pièces d’équipement — pourraient avoir empêché le sauvetage des deux victimes.

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Une communauté profondément marquée

Les séquelles de cette tragédie subsistent toujours à Elliot Lake. Que ce soit les décès de Mmes Aylwin et Perizzolo, le vide laissé par la démolition de l’un des plus grands édifices de la région ou le déménagement, voir même la disparition, de certaines entreprises, la communauté se remet difficilement des évènements qui ont eu lieu il y a à peine dix ans.

«C’est certain que ç’a marqué les gens pour toujours. Je suis certaine qu’il y en a encore qui souffrent de troubles de stress posttraumatique. Nos pensées sont toujours avec eux», dit la députée d’Algoma-Manitoulin-Kapuskasing.

«Quand on regarde au 10e anniversaire, c’est comme si c’était vraiment hier. Mais on sait qu’il y a encore des choses qui doivent être réglées, notamment le recours collectif en justice. Être capable de rebâtir pour la ville pour mieux se définir, c’est très important. Il y a beaucoup de travail à faire.»

Elliot Lake a eu une impression de déjà vu en 2019 lorsqu’une partie du toit du Centre civique Lester B. Pearson s’est aussi effondré sous le poids de la neige.

Mme Hughes rapporte au Voyageur que la demande de financement pour sa reconstruction a toutefois été refusée récemment par le gouvernement fédéral.

Vidéo de surveillance de l’effondrement du toit. Soyez prévenu que ces images peuvent être difficiles à regarder.
Source : Enquête d’Elliot Lake