le Samedi 20 août 2022
le Lundi 4 juillet 2022 8:43 Actualités

La crise du logement montre les cicatrices de l’économie canadienne

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Le marché immobilier canadien voit un ralentissement de la vente des maisons en raison de la hausse des taux d’intérêt. À Sudbury, le nombre de ventes de maisons a ralenti de 11,4 % entre mai 2021 à mai 2022 selon le Sudbury Real Estate Board.

Depuis le début de l’année seulement, les ventes de maisons ont diminué de 14,1 % par rapport à la même période en 2021. «On est tranquillement en train de voir la transition. La compétition est moins féroce», mentionne une agente immobilière du Grand Sudbury, Monique Thériault. Le prix moyen des maisons vendues en mai a par contre augmenté à 499 544 $, soit un gain de 21,6 % par rapport à mai 2021.

Comment s’en sortir?

Un élément de base de l’économie est le rôle de l’offre et de la demande. Faire trop pencher la balance d’un côté peut créer un grand déséquilibre. Pour rétablir l’ordre, le Canada a besoin de 5,8 millions de logements supplémentaires pour «rendre la vie plus abordable pour les Canadiens» d’ici 2030 selon un nouveau rapport de la Société canadienne de l’hypothèque et du logement (SCHL).

Pour répondre à cette exigence, le nombre de logements construits d’ici 2030 devra doubler par rapport à ce qui est prévu. À ce jour, la SCHL prévoit que 2,3 millions nouveaux logements seront construits d’ici 2030.

La mesure d’un logement «abordable» est généralement basée sur le pourcentage du revenu qui est consacré par les citoyens au logement. Selon la SCHL, la dernière fois que le logement était abordable était en 2003 et en 2004. En général, un Ontarien devait consacrer près de 40 % de son revenu moyen pour acheter un logement dans sa province. En 2021, ce rapport est plus près du 60 % en Ontario.

L’Ontario aurait la pire offre de tout le pays et la moitié de l’offre à créer lui permettra seulement de rééquilibrer l’offre et la demande, selon la SCHL. La Colombie-Britannique et le Québec occupent la deuxième et la troisième place, respectivement.

Le pourcentage des frais de logement par rapport au revenu disponible lorsque le ménage moyen achète le logement moyen par province entre 1990 et 2021.

SCHL

Stratégies sudburoises

En février, le conseiller du quartier 4 du Grand Sudbury, Geoff McCausland, a proposé une modification du Plan officiel d’urbanisme qui ouvrirait les propriétés de la zone institutionnelle à l’habitation et examinerait les propriétés appartenant à la municipalité pour y trouver des emplacements possibles pour l’habitation.

Plusieurs développeurs ont pris ces bâtiments dans le passé et les ont convertis en logement abordable. «C’est toujours difficile quand nous avons d’anciennes églises et d’anciennes écoles», souligne-t-il.

Sa proposition permettrait aux développeurs de convertir plus facilement ces propriétés en contournant les démarches habituelles de rezonage — un processus qui peut prendre des mois et couter des milliers de dollars. «Cela devrait leur faciliter les choses», dit-il.

Une autre partie de l’amendement permettra de libérer des propriétés municipales pour des logements abordables. «Par exemple, nous avons un plan de faire un Twin Pad dans la Vallée. Si le plan est réalisé, qu’est-ce que nous allons faire avec les autres arénas dans la Vallée Est? Ça serait idéal de peut-être convertir un aréna qui est proche d’une école dans un centre de logement publique», mentionne-t-il.

La situation nationale

Selon un sondage de la Banque Manuvie du Canada, l’augmentation des prix mettra à l’épreuve la stabilité financière d’un grand nombre de Canadiens.

L’enquête montre des signes de faiblesses potentielles de l’économie canadienne. Elle indique que 18 % des propriétaires pensent qu’ils n’ont plus les moyens de rester sous leur toit actuel et que 20 % s’attendent que les hausses des taux d’intérêt prévus aient avoir un impact négatif sur leur situation financière. De plus, il indique également que deux tiers des Canadiens ne considèrent pas l’achat d’une propriété comme étant abordable dans leur communauté.

Le niveau d’endettement des Canadiens est tout près d’un sommet historique. Le ratio national ménage/revenu de l’endettement s’élève actuellement à 182,5 % au premier trimestre de cette année. Le niveau le plus élevé a été atteint au cours du quatrième trimestre de 2021 avec 185 %.

Comme le marché immobilier est très concurrentiel pendant la pandémie, de nombreuses personnes étaient prêtes à dépenser plus qu’elles ne le pensaient au départ. «L’intérêt était tellement bas que les gens ont été approuvés pour des plus grosses hypothèques», souligne Monique Thériault.

Étant donné que ces prêts hypothécaires sont confrontés à des paiements d’intérêts beaucoup plus élevés que ce qui avait initialement été prévu, on peut s’attendre à ce que davantage de maisons soient mises en vente, car elles deviendront de plus en plus inabordables pour leurs propriétaires à chaque hausse de taux hypothécaire.

Par exemple, certains Canadiens qui ont contracté des prêts hypothécaires en 2020-2021 pourraient voir leurs paiements mensuels augmenter de 45 % d’ici 2025-2026, selon un scénario de la Banque du Canada publié le 9 juin.

La Banque du Canada a augmenté le taux d’intérêt préférentiel à trois reprises depuis mars, passant de 0,25 % à 1,50 %. D’autres hausses sont attendues dans les prochains mois.