le Samedi 20 août 2022
le Vendredi 22 juillet 2022 11:36 Arts et culture

Un film ontarien bilingue… mais pas sur le bilinguisme

Tournage du film Brise Glace / Broken Waters, avec Katrina Westin (continuité), Pierre Gregory (metteur en scène), les comédiens Tomas Chovanec et Luigi Saracino. — Crédit : courtoisie
Tournage du film Brise Glace / Broken Waters, avec Katrina Westin (continuité), Pierre Gregory (metteur en scène), les comédiens Tomas Chovanec et Luigi Saracino.
Crédit : courtoisie
Toronto — Elle n’a jamais abandonné malgré les obstacles. Il y a toujours quelque chose de positif qui a relancé son enthousiasme. Karolyne Natasha Pickett a travaillé 20 ans sur son film «Brise Glace / Broken Waters», sur la lente évolution des thérapies en santé mentale. Il voit enfin le jour et pourrait sortir d’ici la fin de l’année.

Dans ce film bilingue, on suit naturellement des personnages parler en français et en anglais en fonction du contexte dans lequel ils se trouvent.

Le quotidien bilingue des Franco-Ontariens

Le film est tiré de la pièce de Jocelyne Beaulieu J’ai beaucoup changé depuis. Karolyne Pickett lui a demandé la permission de l’adapter et de la transposer dans un contexte bilingue.

Jusqu’à l’an dernier, le projet de film s’intitulait Eaux Troubles / Broken Waters, mais en 2019, Netflix a donné le titre français Eaux Troubles au drame environnemental Dark Waters. Et «suite au montage, l’histoire prend de nouvelles couleurs», explique la productrice. «Le titre anglais était toujours le bon ’fit’, mais je voulais une nuance différente pour le titre français.»

Karolyne Pickett s’est nourrie de beaucoup d’expériences personnelles. En premier lieu du contexte bilingue dans lequel elle a grandi à Ottawa, avec une mère francophone et un père anglophone, originaire de Vancouver, devenu francophile.

Le contexte bilingue, dans lequel on passe d’une langue à l’autre sans effort, est le quotidien de beaucoup de Franco-Ontariens.  

Innover en santé mentale

Karolyne Pickett se souvient avoir discuté de son projet à quelqu’un à la sortie d’une projection en 2005 et de l’avoir entendu répondre: «Ah! Moi aussi je travaille à un film bilingue»… C’était Kevin Tierney, le producteur de Bon Cop, Bad Cop!

Sauf que Brise Glace / Broken Waters n’est pas une comédie qui joue sur les différences entre francophones et anglophones.

Le film raconte l’histoire d’une médecin qui veut sortir du «tout médicament» et proposer de la psychothérapie pour traiter les troubles mentaux, dans les années 1980. Elle se heurte au scepticisme et au harcèlement de ses collègues masculins.

Le rôle principal est interprété par Valérie Descheneaux, mieuxconnue pour L’Auberge du Chien Noir à Radio-Canada. Natalie Tannous, qui interprète une autre docteure, a joué dans Antigone, nominé pour représenter le Canada aux Oscars.

La productrice de Brise Glace / Broken Waters, Karolyne Natasha, avec le metteur en scène Pierre Gregory. 

Crédit : courtoisie

L’obstination d’une femme

Karolyne Pickett a voulu rendre hommage aux femmes de cette époque-là, quand les congés maternité n’existaient pas encore, et le machisme était très présent.

Elle a aussi voulu illustrer l’approche novatrice et humaine qui accepte que des maladies mentales ne se guérissent pas à coups de médicaments surdosés… Mais qu’ils se gèrent, notamment avec la psychothérapie et avec des rechutes possibles.

Il est naturel que les gens autour d’un malade veuillent qu’il soit guéri, mais la pression rend les rechutes d’autant plus difficiles.

Le directeur photo du projet Onno Weeda (il a été opérateur sur la série Suits), se souvient que le tournage a eu lieu en février 2020, juste avant les confinements.

A posteriori, après avoir vu la pandémie bousculer tant de personnes, Onno Weeda est impressionné par l’approche fine du film sur la santé mentale, par son côté presque visionnaire.

Tournage convivial

Onno Weeda se souvient de l’atmosphère du tournage, sur lequel le metteur en scène Pierre Gregory (que l’on connaît aussi des Indisciplinés), passait sans cesse d’une langue à l’autre.

Le directeur photo était l’un des seuls qui ne parlaient pas français, mais cela ne l’a pas dérangé. Il est habitué aux environnements multilingues, qu’il apprécie. Enfant de diplomates hollandais envoyés en Amérique latine, il parlait néerlandais à la maison, anglais avec ses sœurs parce qu’ils allaient à l’école américaine, et espagnol.

Il lui est arrivé de travailler sur des tournages en anglais, mais de parler espagnol avec un collègue plus à l’aise dans cette langue. Les points communs aident à cimenter les relations.

La clef, c’est simplement d’être attentif à si l’on exclut d’autres personnes, et donc de pouvoir changer de langue rapidement si cela devient le cas.

Pourquoi pas d’autres films bilingues?

Onno Weeda s’étonne de trouver les habitants d’Ottawa plus à l’aise de montrer qu’ils parlent à la fois français et anglais, que ceux de Toronto, où il habite. Peut-être parce que tout le monde est bilingue à Ottawa, alors qu’à Toronto on part du principe que les autres ne parlent pas français.

C’est désormais bien vu de parler français en contexte majoritairement anglophone et c’est très répandu de passer d’une langue à l’autre. Karolyne Pickett pense qu’il est temps que cela soit montré au cinéma. Si son film est visionnaire sur la santé mentale, le sera-t-il sur le bilinguisme à l’écran?