le Mercredi 28 septembre 2022
le Lundi 8 août 2022 22:47 Économie et finances

Université Laurentienne : Débat sur l’inévitabilité

  Photo : Julien Cayouette
Photo : Julien Cayouette
Grand Sudbury — À environ un mois du vote des créanciers de l’Université Laurentienne au sujet du plan de remboursement, les avis sont partagés. Les professeurs attendent des modifications, d’autres croient qu’ils ne peuvent pas espérer mieux. Il y a aussi ceux qui suggèrent de ne pas accepter la première offre de la négociation.

Un groupe d’anciens professeurs de l’Université qui font partie des créanciers affectés — nom que donne l’établissement aux créanciers qui ne récupèreront pas tout leur argent et qui auront le droit de vote le 14 septembre — recommande de rejeter le plan de remboursement proposé. 

Les signataires refusent de reculer devant la menace que l’Université fermera ses portes si la proposition est rejetée. Dans une lettre envoyée aux autres professeurs et aux médias, ils rappellent que la plupart des restructurations d’entreprises menées sous la protection de la Loi sur les arrangements des créanciers des compagnies (LACC) nécessitent plus d’une proposition — parfois jusqu’à quatre.

Le cas de la Laurentienne reste unique, puisqu’il ne s’agit pas d’une entreprise, mais d’une université financée en bonne partie par des fonds publics. «On est convaincu que c’est possible qu’il y ait un autre vote, mais ce n’est pas garanti», concède l’un des signataires de la lettre, Thierry Bissonnette. 

Le juge qui supervise le processus à autant le pouvoir de demander un nouveau plan que de dire «c’est fini le party», dit-il. 

L’ancien professeur croit tout de même qu’un rejet pourrait être perçu comme une incitation à être plus imaginatif et pousserait le gouvernement de l’Ontario a prendre ses responsabilités. «Ce que l’on croit, c’est que la province ne s’est pas avancée aussi loin pour sauver son investissement à long terme pour la laisser disparaitre. Ce sont des menaces. C’est une façon de négocier.»

Le président du Syndicat des employés de l’Université Laurentienne (SEUL), Tom Fenske, croit aussi que le gouvernement a besoin de regarder en face les problèmes qu’il a lui-même causés dans le secteur postsecondaire. «Il y a des canaries qui se meurent un peu partout. Après le sous-financement et les décisions du gouvernement provincial… ils doivent se réveiller. Je suis sûr que si on appelle les hôpitaux, ils nous diront la même chose. Les gens qui restent se noient dans leur travail.»

Peu d’autres avenues

Du côté des syndicats de l’Université Laurentienne, les 53,5 millions $ avancés par le gouvernement de l’Ontario pour l’achat d’édifices sont la seule lueur d’espoir. «L’argent que le gouvernement investira ira en totalité aux créanciers», explique le président de l’Association des professeures et professeurs de l’Université Laurentienne (APPUL), Fabrice Colin. Malgré cela, retrouver entre 14 et 24 % des sommes qui leur sont dues reste une pilule difficile à avaler.

L’APPUL n’est pas encore prête à recommander à ses membres de voter «oui» et tente d’obtenir deux clarifications pour le faire. Ils veulent la garantie d’être davantage consultés pour la mise en place des recommandations du NOUS Group en matière de gouvernance et un rétablissement des effectifs d’enseignement. 

Il faut savoir que des employés et des professeurs ont quitté la Laurentienne de leur propre chef depuis les licenciements de masse d’avril 2021. Des employés mis à pied ont été rappelés pour les remplacés, mais aucun professeur, selon M. Colin.

Celui-ci comprend la frustration de ses anciens collègues. Si l’Université avait utilisé les clauses de l’entente collective, chacun aurait eu droit à un plein remboursement, rappelle-t-il.

Le SEUL tiendra une séance d’information pour ses membres à la mi-aout. Ils présenteront les conséquences des deux issues du vote. «Je crois qu’il y a beaucoup de risques à voter non. Collectivement, ça pourrait causer de plus gros problèmes que de voter oui. Mais nous allons laisser nos membres décider», indique Tom Fenske. 

Ce syndicat a obtenu un gain important : la permission de poursuivre en justice des dirigeants une fois la protection de la LACC terminée. Ils comptent surtout poursuivre les administrateurs et directeurs responsables des pertes d’argent du plan d’assurance maladie des retraités. «Ils devaient garder cet argent en fiducie et ils ne l’ont pas fait», soutient M. Fenske. «Ces personnes doivent être tenues responsables de ce qu’elles ont fait.»

Le président a peu d’espoir qu’un rejet du plan entrainerait la conception d’un deuxième plan. «Dans le secteur privé, il y a habituellement une entreprise qui attend de reprendre le contrôle. Mais il n’y en a pas ici. Le gouvernement ne nous donne pas d’argent, nous leur vendons des propriétés. Pour avoir plus d’argent, il faudrait en vendre plus. Et il faudrait qu’ils nous en donnent beaucoup plus.»

M. Fenske n’est cependant pas un créancier, alors il se demande quelle serait sa réponse s’il était de l’autre côté de l’équation. «Si j’étais un retraité par exemple, le fait que je serais sur le point de perdre 25 % de ma pension, c’est un gros risque.»

Les ignorés

Le groupe d’anciens professeurs dénonce le manque d’empathie du plan en ce qui concerne les francophones et les anciennes universités fédérées. 

Le document d’information envoyé aux créanciers qui auront droit de vote identifie la possibilité du transfert ou de fermeture de programmes francophones comme un risque à la réalisation du plan, même une fois accepté. «Cette clause contre les aspirations franco-ontariennes doit être supprimée. Il est évident que la Laurentienne ne reconnait toujours pas les préjugés et les méfaits de ses coupures de programmes et de ses suppressions de postes dans le cadre de la LACC», affirment-ils dans leur lettre. 

Ce n’est pas le seul facteur de risque soulevé. Un montant plus bas pour l’achat d’édifices par le gouvernement — le plan de l’Université indique un minimum de 45 millions $ pour fonctionner —, une diminution des inscriptions, les actions de l’École de médecine du Nord de l’Ontario ou la perte d’autres sources de revenus pourraient compromettre les montants remis aux créanciers. 

De plus, les remboursements pourraient s’étendre sur quatre ans. «Il n’y a rien qui me garantit que dans quatre ans, ils ne referont pas la même affaire», lance Thierry Bissonnette.

Il y aurait également peu de choses dans la réingénierie proposée par le NOUS Group pour ramener la collégialité des relations au sein de l’Université, croient les signataires.