le Mercredi 28 septembre 2022
le Jeudi 18 août 2022 15:10 Société

La crise du logement affecte immigrants et femmes victimes de violence

L’ancienne école Héritage, sur l’avenue Second, a été rénovée et transformée en appartements pour alléger le problème de pénurie de logements abordables à Sudbury — Photo : Venant Nshimyumurwa
L’ancienne école Héritage, sur l’avenue Second, a été rénovée et transformée en appartements pour alléger le problème de pénurie de logements abordables à Sudbury
Photo : Venant Nshimyumurwa
Grand Sudbury — Trouver un logement abordable dans la grande ville nord-ontarienne reste un casse-tête. Certains nouveaux immigrants qui y sont arrivés le mois dernier sont contraints de louer temporairement une chambre d’hôtel à un prix exorbitant. En attendant, sans certitude, de trouver un appartement. Cette crise risque de décourager ceux qui voudraient venir s’installer à Sudbury, l’une des 14 communautés francophones accueillantes du Canada.

Un couple et leur fille sont arrivés au Canada en provenance de la Tunisie en juillet. Ils sont restés à Ottawa pendant deux semaines dans l’espoir d’y trouver un logement et s’y installer définitivement. Comme ils n’en trouvaient pas, ils se sont dirigés à Sudbury. Ils y connaissaient une famille. 

Pour les aider à trouver un appartement à louer, ils se sont adressés au service d’immigration du Centre de santé communautaire du Grand Sudbury (CSCGS). «Cela fait une semaine que je les aide à chercher. Jusqu’à présent, on n’arrive pas à trouver un logement. Les propriétaires demandent qu’ils démontrent qu’ils travaillent. Ils ont, entre temps, occupé une chambre d’hôtel à 130 $ la nuit. C’est cher, ils risquent de dépenser tout leur argent dans peu de temps», explique l’agente de liaison sociocommunautaire au Centre de santé, Houda Zrelli. Elle accompagne les nouveaux arrivants dans leur établissement à Sudbury.

Des exigences pour avoir un logement

«Le prix du logement est très élevé à Sudbury», fait remarquer Mme Zrelli. Elle ajoute que même ceux qui sont capables de payer ne parviennent pas à en avoir, car les propriétaires exigent que celui qui va louer un appartement ait un travail stable, une référence, un garant. «Tout cela n’existe pas pour un nouvel arrivant», rappelle-t-elle.

À côté du prix élevé, il y a une sorte de discrimination envers ceux qui cherchent un logement. «Des gens ne manquent pas de logement parce qu’il n’y en a pas du tout. Il y a des logements disponibles, mais, selon des témoignages de nos clients, des propriétaires, quelquefois, refusent ne fût-ce qu’en voyant que le nom du demandeur est différent [de ceux auxquels ils sont habitués], ou en regardant la photo du profil», déplore Houda Zrelli. 

Le coordonnateur du programme Communauté accueillante francophone de Sudbury, Moïse Zahoui, souligne que ceux qui ne louent pas leurs appartements aux nouveaux arrivants ne sont pas nécessairement animés d’un sentiment de racisme, mais «quelquefois c’est une méconnaissance de cette nouvelle réalité de l’immigration. Le propriétaire doute qu’un nouvel arrivant ait de l’argent suffisant pour pouvoir verser régulièrement les frais de location», dit-il.

Le manque de logement envoie certains nouveaux arrivants vers le chemin de l’endettement. Pour obtenir un logement, ils s’inscrivent, quelquefois sans le vouloir, à une université ou un collège. Là, ils ont droit aux fonds du régime d’aide financière aux étudiantes et étudiants de l’Ontario (RAFEO), dont une bonne partie est un prêt qu’il faudra rembourser après les études.

Obstacle pour attirer les immigrants dans le Nord

L’initiative des communautés francophones accueillantes — qui représente 14 zones sélectionnées pour accueillir et soutenir les nouveaux arrivants d’expression française — voudrait s’assurer que ceux-ci se sentent les bienvenus dans leur nouvelle communauté. La ville de Sudbury est parmi ces zones. Mais comment parviendra-t-elle à retenir ces immigrants si le problème de manque de logement abordable perdure?

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Pour M. Zahoui, occuper un appartement très cher devient un poids pour le nouvel arrivant et cela va affecter le processus de son intégration dans la communauté. «Cette crise n’arrange pas la volonté commune de notre communauté francophone dans le Nord de l’Ontario d’attirer les immigrants que nous voulons qu’ils restent ici chez nous, afin de bonifier notre démographie et de participer à la vie économique de la région.» 

Dans d’autres localités, remarque-t-il, les municipalités avec l’aide de partenaires ont réussi à rendre disponibles des maisons d’accueil pour les nouveaux arrivants. À Sudbury, il n’y en a pas. «Quand ils viennent, ils dépensent la majeure partie de leurs fonds dans les Airbnb et dans les hôtels. Ils butent contre ce mur qui est la crise du logement», explique-t-il.

Les femmes victimes de violences aussi affectées

La crise du logement à Sudbury a également un impact sur femmes violentées. «Ça peut arriver que les femmes aient besoin d’un nouveau logement pour fuir la maltraitance. À cause des frais de location très élevés, on va voir des femmes décider de demeurer dans des situations abusives, malsaines. On va les voir retarder la prise de décision», indique la directrice générale du Centre Victoria pour femmes, Gaëtane Pharand. 

La pénurie de logements pour les femmes à moyens financiers limités fait qu’elles et leurs enfants vivent dans des conditions insalubres, ce qui joue sur leur santé psychologique et physique.

Trouver une issue

Face à la question de la pénurie de logements abordables, les gens ne croisent pas les bras. Moïse Zahoui révèle que des échanges sont amorcés entre la Fédération des communautés francophones et acadienne et le ministère de l’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada et d’autres intervenants.

Le coordonnateur du programme communauté accueillante francophone de Sudbury fait savoir que des consultations communautaires sont entreprises. «Nous avons entrepris des conversations avec certains partenaires pour trouver des solutions temporaires, avec notamment les universités et les institutions scolaires. Nous allons voir si, pendant la période d’été, on pourrait utiliser les résidences d’universités et collèges pour recevoir les nouveaux arrivants», dit Moïse Zahoui.

Mais là aussi, ces institutions scolaires exigent que ceux qui occuperaient ces résidences doivent d’abord s’inscrire à leurs cours pour bénéficier de ces logements.