le Mercredi 28 septembre 2022
le Jeudi 18 août 2022 22:57 | mis à jour le 18 août 2022 22:58 Francophonie

La culture franco-sudburoise a perdu une autre championne

  Photo : Archives
Photo : Archives
Sudbury — Sylvie Lessard est décédée le 9 aout 2022. La Franco-Ontarienne a navigué dans le monde culturel et artistique de Sudbury pendant plus de 30 ans. Toute cette communauté est en deuil d’avoir perdu une autre de ses championnes.

Julie Boissonneault est particulièrement attristée par la disparition de celle qui était sa meilleure amie, sa «complice». Elles se sont connues étudiantes à l’Université Laurentienne. Elles sont amies depuis plus de 40 ans et ont traversé ensemble les hauts et les bas de la vie. 

Pour Mme Boissonneault, Sylvie Lessard était une femme de cœur. «Les gens l’aimaient parce qu’elle aimait les gens.» Cet amour se manifestait dans l’écoute qu’elle avait et par les encouragements qu’elle prodiguait. «Aussi loufoque que pouvait être ton idée, elle était derrière toi. Elle disait : “Si tu ne le fais pas, tu ne le sauras pas”», raconte son amie de longue date.

Femme de tête, Sylvie Lessard n’avait pas peur de foncer et de mener des projets et aimait relever des défis. «Elle se faisait un devoir de mener ses projets à terme et d’aller au fond des choses», assure Julie Boissonneault.

Elle rappelle que Sylvie Lessard a été une des pionnières à Sudbury dans la revendication du droit des femmes d’allaiter en public, il y a plus de 30. Un autre exemple qu’elle était à l’écoute d’elle-même et qu’elle osait essayer de nouvelles choses, même si c’était à contrecourant, dit-elle.

La Place des Arts était aussi sa maison

Sylvie Lessard a travaillé au Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO) de la fin des années 1980 au début des années 2000, à la Galerie du Nouvel-Ontario, chez Prise de parole et a été codirectrice du Salon du livre du Grand Sudbury. Plus récemment, elle faisait partie de l’équipe de la Place des Arts, qui comprend maintenant tous ces organismes. Elle a entre autres participé à la campagne de financement, à l’embauche des directeurs et aux derniers préparatifs avant l’ouverture. 

Le conseiller en développement de public, Denis Bertrand, connait Sylvie Lessard depuis qu’elle a travaillé TNO. Il a eu l’occasion d’échanger avec elle au cours des années, mais a eu la chance de collaborer de plus près avec elle au Salon du livre et à la Place des Arts.

«Sylvie était une personne très organisée et très fiable. Quand tu l’appelais pour quelque chose, elle l’avait au bout des doigts. C’était aussi une personne douce et patiente, je ne l’ai jamais vu en colère. Je pense qu’on peut dire que Sylvie était aimée et appréciée par tout le monde», confie Denis Bertrand.

À travers ses emplois et ses rôles dans les organismes où elle a travaillé, Denis Bertrand croit qu’elle a eu une grande influence sur le milieu artistique sudburois; en partie dans les coulisses, mais surtout à l’avant-plan.

Le TNO fait écho aux propos de M. Bertrand dans le court hommage publié sur les médias sociaux : «Accueillante, douce, généreuse, Sylvie a assurément inspiré ceux sur son passage par son engagement sincère dans tout ce qu’elle entreprenait et sa grande humanité. Nous gardons en mémoire son lumineux sourire, sa grande bonté et sa passion contagieuse pour la culture. Son legs est immense.»

Au delà des arts

Les arts étaient importants pour Sylvie Lessard, mais ils n’étaient pas toute sa vie. Après avoir reçu un diagnostic de cancer en 2007, elle a fait le choix de ne pas subir de chirurgie invasive et de rester en santé grâce à une alimentation saine. Elle a utilisé les connaissances qu’elle avait déjà et a étudié la question encore plus en profondeur pour, en quelque sorte, vivre avec la maladie.

«L’alimentation est l’affaire la plus accessible : c’est l’étape la plus concrète sur laquelle tu peux agir dans ta vie. Ça demande une certaine discipline, de la motivation et un investissement de temps, mais tu dois te prendre en main», avait-elle dit au Voyageur en 2016.

C’est en partie grâce à cette passion qu’elle et Priscilla Pilon sont devenues amies — malgré la différence d’âge, dit cette dernière. Leurs chemins se sont croisés lorsque Mme Pilon a fait un stage chez Prise de parole. 

«Elle connaissait tellement plein de choses en alimentation. J’ai appris d’elle comment être à l’écoute de son corps, au sujet de la lactofermentation… Elle était une grande banque d’information. Elle avait fait plein de recherches. J’étais éblouie par tout ce qu’elle connaissait, raconte-t-elle. On pouvait parler pendant des heures et le temps passait trop vite.»

Tout comme elle le faisait dans son travail, elle s’était investie «à 110 %» dans cette recherche pour sa santé. «Elle mettait tout ce qu’elle avait dans ce qu’elle croyait», poursuit Priscilla Pilon.

L’autrice et poète Sonia-Sophie Courdeau a aussi très bien connu Sylvie Lessard lors d’un passage à Prise de parole. Une autre grande amitié est née. L’écrivaine nous a donné la permission de reproduire le texte qu’elle a publié sur sa page Facebook et qui démontre bien à quel point Sylvie Lessard pouvait marquer les gens.

Tu continueras d’exister.
À travers mes mots.
Les cœurs que tu as touchés.
La trace que tu as laissée dans le milieu culturel.

J’ai souvent dit que Sudbury était ma maison.
Mais tu es ma maison.

C’est tellement étrange de te savoir partie.
Je n’y crois pas encore tout à fait.
Si forte, si pleine de lumière.

Merci pour la personne que tu as été.
La collègue; la mère; la meilleure amie.

On a tissé une amitié qui ne s’éteindra jamais.
Tu m’as appris à croire en moi.
À m’écouter.
À suivre mon intuition.

Grâce à toi, j’ai trouvé le courage de laisser ma première relation.
Celui aussi de me mettre en avant-plan dans ma vie.
Grâce à toi, j’ai vécu des Noëls heureux qui m’ont fait sentir moins seule.

Tu as été là pour sécher mes larmes,
Comme tu as été là pour me rappeler que j’ai le pouvoir de choisir.
Toujours.
Peu importe les circonstances.

Grâce à toi, je suis devenue la personne que je suis.
Tu m’as éveillée à mes propres valeurs.
Tu m’as donné la certitude que j’ai ce qu’il faut pour réaliser mes rêves.

Tu m’as appuyée.
Lue avant que je sois publiée.
Tu m’as acheté un premier livre en entrepreneuriat.
Tu es venue à ma toute première conférence même si à l’époque tu traversais une épreuve difficile.
Tu as vu l’étoile dans mes yeux; m’as dit : T’es à la bonne place! tu brilles. Continue!

Tu avais des rêves, toi aussi.
Tu parlais de t’établir à la campagne où tu ferais pousser un jardin.
Offrirais des ateliers à des femmes. (Sonia, tu pourrais y animer des cercles d’écriture!)
Tu parlais aussi d’écrire ton histoire. Sous forme de livre.
On avait même commencé ce processus ensemble.
J’avais des frissons à chacune de nos rencontres.
Je croyais à ta mission.
J’y crois toujours.
Je la porte encore.

Tu as changé ma vie.
De toutes les personnes qui ont marqué mon chemin, tu as été ma plus grande influence.

Je t’aime d’un amour qui n’a pas de mot.
Je t’aime d’un amour qui ne s’explique pas.
Je t’aime d’un amour qui ne s’éteindra jamais.

Merci Sylvie de m’avoir donné le privilège de te connaitre et de t’aimer.
Je te promets de toujours honorer ta mémoire.

Ton amie pour la vie – celle-ci et les prochaines où nos âmes se reconnaitront. 

Je t’aime. 💖