le Mercredi 28 septembre 2022
le Mercredi 24 août 2022 9:46 | mis à jour le 24 août 2022 9:47 Éditorial

Après la perte du poids démographique, le risque du poids politique

La carte du redécoupage électoral fédéral pour le Nord de l'Ontario — Image : Capture d'écran https://redecoupage-redistribution-2022.ca/ebv/fr/?locale=fr-ca&prov=on
La carte du redécoupage électoral fédéral pour le Nord de l'Ontario
Image : Capture d'écran https://redecoupage-redistribution-2022.ca/ebv/fr/?locale=fr-ca&prov=on
Éditorial — Le Nord de l’Ontario risque de perdre un siège au Parlement canadien. La Commission ontarienne de délimitation des circonscriptions fait cette suggestion dans son rapport préliminaire. Selon ce rapport publié le 19 aout, le nombre de circonscriptions du Nord serait réduit de dix à neuf.

La proposition de la Commission change plusieurs frontières. En gros, la circonscription d’Algoma—Manitoulin—Kapuskasing, disparaitrait et serait divisée entre une plus grande circonscription de Sault-Ste-Marie et la nouvelle circonscription de Cochrane—Timmins—Timiskaming. Nickel Belt ne disparaitrait pas, mais deviendrait Nickel Belt—Manitoulin et serait amputé de Nipissing Ouest — qui rejoindrait North Bay dans Nipissing. Elliot Lake et Blind River se retrouveraient dans cette nouvelle circonscription. (Consultez le tableau du recensement en page 3 pour une meilleure idée du poids démographique de ces municipalités.)

La Constitution canadienne prévoit que les frontières des circonscriptions doivent être revues tous les dix ans afin de tenir compte de leur poids démographique. L’idée étant que le vote de chaque individu devrait avoir à peu près le même poids. En théorie, ça semblerait être une bien bonne idée démocratique, mais en réalité, c’est de la foutaise qui menace le poids politique du Nord de l’Onario lors de chaque redécoupage électoral. 

Pourquoi foutaise? Parce que le nombre de circonscriptions canadiennes relève beaucoup plus de l’histoire et de la politique que du nombre d’électeurs. Comment expliquer autrement que l`Île-du-Prince-Edouard ait quatre circonscriptions avec une population moindre que celle du Grand Sudbury? Ou encore que la Nouvelle-Écosse, avec moins d’habitants que le Nord de l’Ontario, ait une circonscription de plus? Il est clair que les électeurs de ces provinces ont un plus grand poids politique que n’importe quel résident de l’Ontario. 

Mais ce n’est pas tout. Il y a aussi la politique. Par exemple, en juin dernier, le Parlement a adopté une loi prévoyant que le nombre de sièges de chaque province ne peut être réduit au nombre qu’elle avait en 2019. Autrement dit, la moitié de la population de l’Île-du-Prince-Edouard pourrait déménager en Alberta, ça ne changerait rien au nombre de sièges de cette province atlantique.  

La politique a aussi défini certains autres critères qui doivent être respectés dans un redécoupage électoral. La Commission doit tenir compte de la communauté d’intérêts et de l’historique des frontières d’une circonscription. Elle doit aussi s’assurer que la superficie d’un comté soit raisonnable. 

Donc, si la politique influence autant le nombre de circonscriptions, il nous reste une chance de faire changer les conclusions du rapport de la Commission et de maintenir notre poids politique, aussi petit soit-il déjà.

À la suite de la publication de son rapport final, la Commission tiendra des audiences publiques. Il y a donc une lueur d’espoir, mais ne nous réjouissons pas trop vite.

Prenons l’exemple de 2002, lorsque la Commission de redécoupage proposait la disparition de la circonscription de Nickel Belt. Le travail acharné du député Raymond Bonin, peut-être aidé par un éditorial du Voyageur et les présentations lors des audiences publiques ont sauvé la circonscription.

Cette fois c’est tout le nord qui perdra. Il faudra donc une action concertée de tous nos députés, de nos leadeurs municipaux ainsi que de tous nos citoyens pour faire renverser cette proposition.

À nous de jouer.