le Mercredi 30 novembre 2022
le Dimanche 25 septembre 2022 15:30 Chroniques et blogues

Le drapeau franco-ontarien : Un mémoire de famille

  Photo : Courtoisie
Photo : Courtoisie
Pour Papa

Ils sont nés entre le lys et le trille. 

Francos. En Ontario. Courageux, culottés et conscients des forces de l’histoire. Persuadés de notre destinée.

Levé pour la première fois à l’Université de Sudbury en 1975, le drapeau est un icône de l’Ontario français dont le mythe allait être cultivé par ce collectif de jeunes franco-ontariens. Ils étaient non seulement des jeunes audacieux, mais aussi de grands chums, des mononks dont je garde le précieux souvenir.

Gaétan Gervais, le grand-prêtre, bénissant de vin le champ de patates chez mes parents à la Ferme OK. Les nombreux réveillons avec Michel et la famille Dupuis, ces cousins de la fesse gauche de mon côté maternel, en fête aux petites heures du matin. Les longues conversations au creux de la pandémie avec Donald Obonsawin, l’éclat du rire de mon père faisant écho à leur joie de se retrouver. Et cette quête de Normand Rainville, perdu de vue depuis des années. 

Ce drapeau a poussé des racines, doucement enfoncées dans le blanc des neiges de nos hivers et la verdoyance de nos étés, perçant la terre de ses petites pousses partout en Ontario. Évoqué par une jeunesse en fête à La nuit sur l’étang ou au Festival Franco-Ontarien, les épaules couvertes de gloire par ce trille-de-lisée. Lors des manifs de la Résistance en 2018, heureux et furieux de ces retrouvailles après le Jeudi Noir, les slogans historiques — Nous sommes! Nous serons! — au bout des lèvres. Et par ces tattoos sur nos bras, nos dos, nos cœurs.

Il évoque également le souvenir de mon père, un jeune homme qui venait de fêter ses 25 ans, pris en photo avec Michel par Gaétan lors du premier lever du drapeau à l’Université de Sudbury. De leur réunion au pied du mât de drapeau à l’U de S en 2015, confrontés aux caprices du temps. 

Le selfie de ma sœur Émilie avec Donald — la première sœur Bourgeault-Tassé à rencontrer le «légendaire Donald Obonsawin» — lorsqu’elle était enceinte de son premier enfant en 2017, un petit bébé franco effronté qui irait manifester dans les bras de sa maman lors de la Résistance de 2018. Cette photo de moi sur ma tribune devant les bureaux du premier ministre Doug Ford à Toronto, le drapeau colorant la foule de vert et de blanc pendant que je gueulais ma francophonie dans la Ville Reine.

Et cette photo de Papa, manifestant lors de la Résistance avec un des premiers drapeaux du mouvement de 1975 lors de la Résistance.

Mon père m’a appris que c’est aux Franco-Ontariennes et aux Franco-Ontariens de faire vivre le drapeau. De tirer notre courage et notre espoir de l’esprit de nos collectivités. De parler français, en chœur, par nos milles accents.

Le drapeau nous appartient à tous, à chacun d’entre nous. C’est la leçon la plus importante que mon père m’ait légué. Que nous devons puiser notre courage et notre espérance dans l’esprit de nos communautés. Parler français, en chœur, dans nos mille accents.

Cette diversité de voix, d’accents, de perspectives est ce que nous, les Franco-Ontariennes et les Franco-Ontariens, apportons à nos communautés ici en Ontario et au-delà.