le Mercredi 30 novembre 2022
le Mercredi 28 septembre 2022 11:28 Éditorial

Pour la pérennité du français

  Photo : Shutterstock
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Éditorial — La semaine dernière, Le Voyageur publiait sur son site internet un texte du chroniqueur et ex-professeur d’histoire à l’Université Laurentienne, Joel Belliveau, qui soulevait d’importantes questions quant au déclin du français au Canada. M. Belliveau analyse les données du recensement de 2021. Ces statistiques démontrent que, hors-Québec, la proportion de la population qui a le français comme langue maternelle est passée de 3,6 % à 3,3 % dans les derniers cinq ans. Encore pire quant à la proportion des personnes qui parlent français à la maison qui diminue de 2,2 % à 2,0 %.

Ce déclin préoccupe M. Belliveau ainsi que tout le secteur associatif du Canada franco. Tous ont blâmé le gouvernement fédéral qui, il y a plusieurs années, a établi une cible de 5 % d’immigration francophone, mais qui ne l’a jamais atteinte. Tous imaginent que l’immigration franco viendrait renflouer les communautés francophones. Ils ont raison, bien sûr, mais le chroniqueur va un peu plus loin. Il propose de modifier la Loi sur les Langues officielles (LLO) pour «créer des lieux en Ontario et au Nouveau-Brunswick où le français est ”la langue du pays”», comme il dit. 

Il explique qu’il y a dans ces provinces des régions à forte proportion francophone. Il voudrait que le Canada fasse comme la Suisse ou la Belgique, deux pays multilingues, et y «territorialise» la langue française. Ainsi, quelqu’un déménageant à Hawkesbury, à Caraquet ou le long de la route 11 dans le Nord ontarien, saurait qu’il s’installe dans une région où il obtiendra ses services gouvernementaux et commerciaux en français. 

L’argument est valable dans le sens où il ferait du français la «langue publique» dans ces régions. Mais là où le bât blesse, c’est que cette proposition ne vient que renforcer l’idée du bilinguisme que se font déjà les Canadiens-Anglais, que le Canada bilingue se résume au Québec français et au du pays anglais. Joel Belliveau ne fait que rajouter quelques parcelles de territoire limitrophe au Québec.

Nous croyons que l’idéal d’un vrai pays bilingue «A mare usque ad mare» est encore possible. Il faut cependant aller beaucoup plus loin. Seule une modification en profondeur de la LLO peut cependant le faire. La loi doit cesser de n’être qu’une garantie de services bilingues de la part du gouvernement fédéral et vraiment investir le domaine public.

Pour freiner l’assimilation de plus de 40 % des francophones, il est clair que, comme le dit M. Belliveau, il faut que le français devienne une vraie langue publique. Or la sphère publique c’est d’abord et avant tout l’éducation et le commerce. Deux secteurs quasi oubliés par la LLO. 

Comment peut-on vouloir un pays vraiment bilingue sans créer des écoles qui forment des diplômés bilingues? Bien sûr, l’éducation est de compétence provinciale et le fédéral ne peut pas y toucher, dira-t-on. Voyons donc! Le fédéral transfère des sommes faramineuses aux provinces dans ce secteur. Il suffirait de modifier la LLO pour qu’elle donne au fédéral le pouvoir d’exiger des changements aux curricula scolaires provinciaux, garantissant le bilinguisme de ses diplômés. 

Un haut taux de diplomation bilingue aurait aussi l’avantage de former des travailleurs pouvant desservir les Canadiens dans la langue de leur choix. Ce n’est qu’en transformant la langue du commerce que le français peut devenir une langue publique, comme l’anglais.

Nos politiciens en sont-ils capables?