le Vendredi 2 Décembre 2022
le Mardi 4 octobre 2022 11:29 | mis à jour le 4 octobre 2022 11:30 Politique

«Je suis chanceuse de vivre dans un pays libre»

Goldie Ghamari — Photo : Vidéo de l'assemblée législative
Goldie Ghamari
Photo : Vidéo de l'assemblée législative
Ontario — La députée ontarienne d’origine iranienne Goldie Ghamari demande au premier ministre Justin Trudeau de collaborer avec les leadeurs mondiaux pour imposer plus de sanctions aux membres du «régime illégitime et terroriste» de la République islamique d’Iran.

Goldie Ghamari est née en Iran. En 1986, alors qu’elle était encore un poupon, ses parents ont quitté leur terre natale vers le Canada pour lui offrir une vie de liberté et de démocratie.

En entrevue, nous lui posons une première question toute simple: «Comment allez-vous?»

La députée de Carleton a du mal à répondre.

Après une longue hésitation, Goldie Ghamari se lance : «Physiquement, je vais bien, oui, parce que je suis chanceuse de vivre dans un pays démocratique et libre comme le Canada. Mais c’est très difficile de parler de ceci. Ce qui est arrivé à Mahsa Amini, un meurtre brutal aux mains du régime illégitime et terroriste d’Iran, c’est arrivé à plusieurs autres et ça continue d’arriver.»

Mahsa Amini, de la ville kurde iranienne Saqez, a été arrêtée le 13 septembre à Téhéran pour non-respect du strict code vestimentaire imposé aux femmes en République islamique d’Iran. Elle était accusée d’avoir mal porté son voile.

À l’hôpital, plongée dans un coma, elle est morte trois jours plus tard, après avoir succombé aux graves blessures qu’elle a subies. Elle avait 22 ans.

Depuis, des manifestations et des émeutes éclatent quotidiennement partout au pays, et la police en Iran a averti, plus tôt cette semaine, qu’elle agirait avec «toute sa force» pour y mettre fin. Le président Ebrahim Raïssi a même demandé aux forces de l’ordre d’agir «fermement» contre les «émeutiers».

«Environ 60 personnes ont été tuées» depuis le début des manifestations, selon un récent bilan de l’agence de presse iranienne Fars, mais l’organisme Iran Human Rights (IHR), basé à Oslo, parle plutôt d’un bilan de près de 80 morts.

«Notre sœur à nous tous»

«Elle n’était peut-être pas de la parentée, mais Mahsa Amini était ma sœur», dit Goldie Ghamari.

«Elle était notre sœur à nous tous. Vous savez, c’est très difficile. Mais c’est aussi pour ça que je m’exprime et que j’essaie de partager des informations. Parce que le moins que je puisse faire est d’utiliser ma plateforme pour être une voix pour les gens qui sont là.»

L’élue progressiste-conservatrice participe à des veillées à la mémoire de Mahsa Amini et à des manifestations entre Ottawa et Toronto pour dénoncer la brutalité des autorités iraniennes.

Ces dernières ont imposé des restrictions pour limiter l’accès de la population à Internet, selon le Centre pour les droits humains en Iran, basé à New York, mais l’organisme note que des vidéos des manifestations parviennent tout de même à sortir.

La députée Ghamari en publie le plus qu’elle peut sur les réseaux sociaux, y compris Tiktok, où elle compte des dizaines de milliers d’abonnés.

«Des jeunes hommes et des jeunes femmes, même des enfants, sont brutalement assassinés dans les rues simplement parce qu’ils veulent la liberté et la démocratie», relate-t-elle.

Un combat au féminin

La question du voile a souvent été débattue en Iran au cours du 20e siècle.

À une certaine époque, soit dans les années 1930, toute forme de voile est devenue interdite sur la place publique.

Cette mesure avait ensuite été assouplie au cours des décennies qui ont suivi.

Après la révolution de 1979, le régime ordonne le «revoilement» des femmes, qui n’ont le droit d’exposer que le visage et les mains.

Goldie Ghamari souligne que les émeutes qui surviennent en Iran actuellement sont différentes des autres : elles sont menées par les femmes.

Elles descendent dans les rues et brûlent leurs voiles, montent sur des toits de voitures et lancent des cris de ralliement, peut-on voir sur de nombreuses vidéos diffusées par des militants.

On y voit aussi la police anti-émeute qui frappe des manifestants à coups de matraque et qui fracasse des fenêtres pour entrer chez les contestataires.

«En règle générale, lors d’émeutes précédentes, il s’agissait d’hommes, majoritairement. Maintenant, les images que nous voyons sortir d’Iran sont des images que nous n’avons pas vues depuis 43 ans, soit des femmes qui se promènent sans leur hijab. Elles brûlent leurs hijabs, se coupent les cheveux. Elles se battent contre la police des mœurs et des hommes et des femmes se joignent à leur combat.»

Plus de sanctions

Lundi, le gouvernement Trudeau a annoncé des sanctions contre des dizaines d’individus et d’organisations, incluant la police des mœurs iranienne.

Le Parti conservateur du Canada demande que le gouvernement désigne le Corps des gardiens de la révolution islamique — une organisation paramilitaire de la République islamique d’Iran qui dépend directement du chef de l’État iranien — comme une entité terroriste.

Justin Trudeau n’a pas indiqué s’il le ferait ou non, mais a souligné que son gouvernement désigne déjà la force al-Qods, une unité du Corps des gardiens de la révolution islamique, comme une organisation terroriste.

Goldie Ghamari insiste : «l’Iran est connu comme un État qui parraine la terreur. Ils terrorisent leur propre peuple. Ils financent le terrorisme dans le monde entier. Et donc, tout le monde sait qu’ils sont des terroristes.»

La députée salue l’initiative du gouvernement fédéral d’avoir décidé d’imposer des sanctions, mais elle juge qu’il en faut plus.

Elle demande à Justin Trudeau de collaborer avec les leaders mondiaux, notamment en fermant les ambassades iraniennes à travers la planète, en imposant des sanctions plus strictes, en gelant leurs comptes bancaires et en empêchant les personnes visées par des sanctions d’obtenir des visas pour quitter l’Iran.

«Empêchez-les de quitter l’Iran pour qu’ils puissent être tenus responsables pour leurs crimes de guerre», implore Goldie Ghamari.