le Vendredi 2 Décembre 2022
le Mercredi 19 octobre 2022 14:05 Politique

La toxicité du conseil se répand en ligne, infecte la campagne électorale

  Photo : Archives
Photo : Archives
Nipissing Ouest — Le conseil municipal de Nipissing Ouest est depuis longtemps divisé en deux camps et la toxicité qui l’empoisonne semble avoir infecté la campagne électorale; un camp ne se présente pas, mais cabale activement contre l’autre camp qui cherche à être réélu.

Sur une page Facebook appelé West Nipissing Politics/Politique du Nipissing Ouest (WNP), dont la maire Joanne Savage et la conseillère municipale Lise Sénécal sont administratrices, toutes deux ont appuyé publiquement de nouveaux candidats tout en dénonçant les candidats sortants. De leur côté, les conseillers Denis Sénécal et Yvon Duhaime y ont affiché des messages semblables, voulant que le Nipissing Ouest mérite un conseil complètement nouveau.

Mme Savage insiste à répétition que sa page vise à «partager des faits» sur la politique locale, mais des personnes se sont plaintes d’avoir été bloquées parce qu’elles ne partageaient pas ses opinions politiques et plusieurs commentaires sont injurieux — un d’eux a même fait l’objet d’une plainte à la police.

Le conseiller sortant et candidat du quartier 6, Roland Larabie, dit qu’«il faut avoir une bonne carapace lorsqu’on fait de la politique», parce que la critique fait partie du jeu. Cependant, un commentaire récent, fait par un dénommé Gerry Blackwells, est allé bien plus loin, s’attaquant à son épouse et son fils. Selon lui, le commentaire était diffamatoire et il l’a signalé à la police.

Le commentaire en question a soulevé l’indignation d’autres personnes membres du groupe WNP et il a fini par être supprimé. Mme Savage dit que le commentaire ne respectait pas les règles du groupe parce qu’il ne traitait pas de politique et elle reconnait qu’il était diffamatoire. 

«Nous ne sommes pas là pour faire du tort à qui que ce soit, donc des commentaires comme ça seront supprimés», assure-t-elle, ajoutant que le commentateur a reçu un avertissement. Le commentaire avait été fait sur une publication affichée sur la page par Denis Sénécal, laissant entendre que M. Larabie avait peut-être profité de son poste de manière douteuse. Le commentaire est resté pendant plusieurs jours et au moins une personne qui s’en est plainte a été retirée et bloquée du groupe.

M. Larabie dit que la Police provinciale de l’Ontario l’a mis en contact avec un agent spécialisé en cybercriminalité. La PPO devra mener une enquête, car on soupçonne que Gerry Blackwells est une fausse identité.

La Tribune a communiqué avec la PPO pour en savoir plus sur l’enquête. «Je peux vous dire que ce sera une enquête minutieuse», assure Carlo Berardi, coordonnateur régional des communications pour la PPO. Cependant, M. Berardi ne pouvait révéler les techniques opérationnelles employées pour identifier les auteurs anonymes cachés derrière de faux profils en ligne et il ne pouvait pas donner de détails sur la plainte de M. Larabie en particulier. 

Néanmoins, il a indiqué que «s’il y a des accusations criminelles, nous allons rendre publics le nom et la date de comparution».

M. Larabie dit que la PPO lui a promis d’élucider l’identité de Gerry Blackwells, peu importe s’il y a des accusations criminelles ou pas, afin que le candidat puisse le poursuivre en civil pour diffamation. «D’une façon ou d’une autre, ça ne s’arrêtera pas là», insiste M. Larabie.

L’administration ne veut plus de manœuvres politiques dans les réunions

À la suite de la réunion du conseil du 20 septembre, qui a dégénéré en engueulade généralisée après une confrontation entre M. Larabie et M. Sénécal, puis ayant pris connaissance de certaines publications injurieuses sur les réseaux sociaux, l’administration municipale a décidé de limiter les sujets aux ordres du jour des réunions pendant la campagne électorale. 

Rappellons aussi que le ministère des Affaires municipales continue à assurer une présence à toutes les réunions, dans le cadre de son enquête sur les agissements du conseil de Nipissing Ouest.

Dans un courriel envoyé le 29 septembre à tous les membres du conseil, le directeur général Jean-Pierre Barbeau, a annoncé que «aucun article ne sera mis à l’ordre du jour des réunions de comités et de conseil, sauf ces articles qui sont nécessaires au bon fonctionnement de l’organisme ou qui affectent le public dont nous sommes au service». 

Il ajoute que la décision était partiellement motivée par la réunion du 20 septembre, qu’il a qualifiée de «toxique et honteuse».

M. Barbeau a aussi soulevé que les employés municipaux ont dû endurer «le comportement continuellement inapproprié du conseil tout au cours du mandat 2018-2022» et qu’il a la responsabilité de les protéger contre cette toxicité. Il a rappelé que l’élection aura lieu le 24 octobre et qu’en attendant un changement, le conseil actuel a du travail à faire.

Ne manquez rien de ce que nous publions sur le site.

Le Voyageur offre une vue d’ensemble de la francophonie et de la vie dans le Nord-Est de l’Ontario.

Mme Savage demande plus de transparence

Or, Mme Savage dit que ce n’est pas nouveau de se voir refuser le traitement de certains sujets en réunion et qu’elle se bat pour une plus grande transparence.

D’après une publication Facebook faite par Denis Sénécal, il aurait demandé à recevoir un rapport sur le nombre de plaintes d’harcèlement faites pendant le mandat actuel et sur le cout de chacune de ces plaintes, mais l’administration aurait refusé d’ajouter cela à l’ordre du jour du 6 septembre. Il soutient que les contribuables ont le droit de savoir combien ces plaintes leur ont couté. Cependant, lorsque La Tribune a appelé M. Sénécal pour élaborer sur ce qu’il qualifie de manque de transparence, il a refusé de commenter en raccrochant subitement.

Mme Savage, elle, a bien voulu en parler. «Je comprendrais s’il s’agissait d’un sujet nouveau, si l’on n’avait jamais posé ces questions avant, mais comme maire, comme élue, je veux vraiment que l’on règle ces questions qui sont en suspens depuis longtemps. Ce ne sont pas de nouvelles choses que l’on demande, ce sont les mêmes que l’on demande depuis longtemps et chaque fois, on nous dit que l’information sera apportée au conseil à une date ultérieure.»

Elle donne comme exemple un sujet soulevé en 2020, soit les bails signés avec la Police provinciale de l’Ontario et avec le bureau du ministère de l’Agriculture à Verner. Elle montre les formulaires qu’elle a remplies pour apporter ces questions à la réunion du 6 septembre. «J’ai demandé plusieurs fois à notre DG d’ajouter ceci à l’ordre du jour, de nous faire une mise à jour», dit-elle. Selon elle, la réponse constante, c’est que l’information figurera dans un futur rapport ou sera présentée à une autre réunion, mais elle ne l’est jamais.

Pendant la réunion du 4 octobre, la conseillère Lise Sénécal a proposé d’aller en réunion à huis clos pour recevoir et adopter les procès-verbaux de plusieurs réunions à huis clos antérieures. Le conseiller Denis Sénécal était absent et le conseiller Yvon Duhaime a déclaré un conflit et s’est retiré de la pièce pendant cette discussion. Aucun autre conseiller n’a voulu appuyer la proposition de Mme Sénécal, donc Mme Savage l’a fait. Les deux ont soutenu que le conseil n’avait pas reçu de procès-verbaux pour les réunions en question et que si le conseil ne les adoptait pas avant la fin de son mandat, il n’existerait aucun record officiel de ces réunions. Les conseillers Chris Fisher, Léo Malette, Normand Roberge, Roland Larabie et Dan Roveda ont voté contre.

Le lendemain, Mme Savage a critiqué cette décision sur sa page Facebook, affichant une copie de la proposition avec les dates et les sujets des réunions en question, la plupart portant sur des conflits de ressources humaines.

«Nos règles de procédure sur les procès-verbaux de réunions à huis clos indiquent (paragraphe 15.4) que le conseil ou le comité adoptera, dans la limite du pratique, lors de la prochaine réunion à huis clos, tous les procès-verbaux des réunions à huis clos antérieures soumis par le/la greffier/ière,» a-t-elle écrit.

Cependant, le conseiller Chris Fisher dit que c’est un leurre. «La Loi sur les municipalités n’exige pas que les procès-verbaux soient adoptés, seulement que ces procès-verbaux existent», précise-t-il. Il ajoute que la proposition visait seulement une sélection précise de réunions, toutes celles traitant des conflits de ressources humaines, ce qui laissait sous-entendre une motivation sous-jacente et c’est pour ça qu’il a voté contre. «La proposition n’était pas une tentative de bonne foi de boucler les procès-verbaux. Il y a des dizaines de procès-verbaux qui n’ont pas été adoptés et cette proposition n’en visait que certains, sur des sujets bien précis», a-t-il affirmé.

M.Barbeau explique que la greffière prend les notes des réunions de manière impartiale et que ces notes sont gardées, puis les réunions sont enregistrées de manière à en garder toujours un record officiel. Or, il ajoute que dans certains cas, des membres du conseil n’étaient pas d’accord sur la façon dont la greffière avait rédigé certains passages, donc les procès-verbaux n’ont pas pu être adoptés. «Certains ont tenté de faire changer les procès-verbaux de la greffière pour des raisons politiques. Il n’y a donc pas eu d’accord permettant d’adopter les procès-verbaux. Dans d’autres cas, il s’agissait de réunions extraordinaires touchant des sujets très spécifiques où l’adoption de procès-verbaux antérieurs n’étaient pas appropriée», indique M. Barbeau. Il faut rappeler que les réunions à huis-clos sont fermées au public et les procès-verbaux, adoptés ou non, ne seraient donc jamais accessibles au public.

Des commentaires qui frôlent l’illégalité

M. Barbeau se dit aussi inquiet de certaines publications en ligne qui pourraient mettre la ville en péril d’un point de vue juridique. Il n’est pas seul à émettre cet avertissement.

Dans un courriel aux membres du conseil, la trésorière et directrice des services corporatifs, Alisa Craddock, dit que la mention du «seul employé du conseil» dans des commentaires en ligne n’est pas ambigüe du tout et pourrait mettre la ville à risque. Selon elle, même si l’on ne mentionne pas explicitement «Jay Barbeau» ou «le DG» dans son commentaire, il est clair que certains membres du conseil parlent de cette personne dans des publications Facebook. 

«Ces commentaires violent la confidentialité d’un dossier de ressources humaines et peuvent mettre la municipalité en position de responsabilité légale, à la fois pour bris de confidentialité et potentiellement pour diffamation», a-t-elle écrit. Elle a ajouté une mise en garde : «le fait que ces publications soient faites dans des groupes privés ne vous protègent pas d’une poursuite potentielle.»

Les courriels de M. Barbeau et Mme Craddock laissent entendre que des membres actuels du conseil utilisent les réseaux sociaux pour tenter «d’influencer le résultat des élections», comme l’écrit M. Barbeau. Mme Savage répond qu’elle a toujours fait les choses de manière transparente et cela comprend le fait de bien informer le public. «Je vais être en poste jusqu’à la fin de ce mandat, et s’il y a des choses que le public doit savoir, alors je vais les partager», insiste-t-elle.