le Mercredi 30 novembre 2022
le Mercredi 2 novembre 2022 0:43 | mis à jour le 2 novembre 2022 17:02 Santé

Les mesures de recrutement de personnel infirmier insuffisant pour la pénurie de francophones

  Photo : Shutterstock
Photo : Shutterstock
Ontario — Permettre aux infirmières et infirmiers formés à l’étranger de s’inscrire dans une catégorie temporaire et commencer à travailler pendant le processus complet d’inscription est l’un des changements que le gouvernement de l’Ontario a faits le 27 octobre pour que davantage de professionnels de la santé puissent travailler en Ontario.

Pour l’Ordre des infirmières et infirmiers de l’Ontario, ces modifications règlementaires favoriseront l’augmentation du nombre de travailleurs·euses et qualifié·e·s dans le système de soins de santé. Mais pour certains organismes œuvrant pour la santé des francophones, des inquiétudes planent encore.

Des mesures qui ne prennent pas en compte les francophones

Réagissant à l’annonce de ces changements, certains centres de santé communautaires du Nord de l’Ontario déclarent que toutes les mesures que le ministère peut mettre en place pour aider au niveau du recrutement sont bonnes. Toutefois, les modifications annoncées n’apportent pas une solution à la pénurie de professionnels de la santé. 

«Ces mesures ne répondront pas à la pénurie professionnelle de la santé. Et encore moins à la pénurie professionnelle de la santé en français», affirme le directeur général du Centre de santé communautaire du Grand Sudbury (CSCGS), Denis Constantineau. Il n’a en effet rien vu dans le document qui parle d’une stratégie particulière pour répondre aux besoins des francophones.

Dire que l’on recrutera des infirmières formées à l’étranger et qu’on reprendra les retraités, «on se remet au jeu du hasard. Peut-être qu’en recrutant 100 infirmières et infirmiers, il va y avoir parmi eux dix seulement qui sont bilingues. Ce n’est pas planifié. Il n’y a pas une stratégie de recrutement pour les francophones», répète M. Constantineau.

Le directeur général du Centre de santé communautaire du Grand Sudbury souligne aussi que la pénurie n’est pas seulement au niveau des infirmières et infirmiers. «On sait qu’il nous manque 325 médecins dans le Nord de l’Ontario. Ajouter quelques sièges à l’École de médecine du Nord de l’Ontario chaque année pour les cinq prochaines années, c’est une solution, mais ce n’est pas assez pour répondre à la pénurie des médecins, aujourd’hui. Ça va porter fruit dans 5, 10 ans», dit-il.

Distribution équitable de professionnels de la santé

Le directeur général du Centre de santé communautaire de Kapuskasing et région salue aussi les changements. Denis Beaulac présente toutefois des inquiétudes quant au placement de ces nouvelles personnes qui seront recrutées. 

«Habituellement, les gens vont toujours se diriger vers les grands centres, comme au sud de la province, ou au nord, mais dans les villes de Sudbury et North Bay. Il est important que cette main-d’œuvre soit bien redistribuée à travers la province», suggère M. Beaulac. (NDLR : Une version précédente de ce texte n’avait pas le bon nom de famille pour M. Beaulac.)

Le Centre de santé communautaire de Kapuskasing n’a pas de problème de ressources humaines, annonce son directeur général, mais la pénurie se fait sentir «dans nos communautés, nos hôpitaux, dans nos services sociaux. On n’a pas assez de préposés aux soins de santé dans les établissements de soins de longue durée», précise-t-il.

Trois autres mesures

Le ministère de la Santé a déclaré, dans le communiqué envoyé le 27 octobre, que certains changements entraient en vigueur immédiatement. À part le fait de permettre l’embauche d’infirmières formées à l’étranger, il s’engage à faciliter le retour des infirmières et infirmiers non praticiens ou retraités dans le domaine en assouplissant l’exigence selon laquelle ils doivent avoir exercé la profession d’infirmière ou d’infirmier pendant une certaine période avant de demander le rétablissement de leur statut. 

Il demande aussi que soit créée une nouvelle catégorie d’inscription temporaire à la pratique indépendante pour les médecins des autres provinces et territoires afin de leur permettre de travailler plus facilement en Ontario pendant une période maximale de 90 jours.

Trois autres changements entreront en vigueur le 1er janvier 2023. Premièrement, les ordres de règlementation des professions de la santé devront respecter les délais dictés pour prendre des décisions en matière d’inscription. Deuxièmement, les ordres de règlementation des professions de la santé ne pourront plus exiger, à quelques exceptions près, une expérience professionnelle canadienne aux fins de l’inscription, notamment lorsqu’une expérience internationale équivalente est acceptée. Troisièmement, accepter des tests linguistiques approuvés en vertu de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés (Canada) afin de réduire la duplication des tests de compétence linguistique pour les immigrants au Canada. 

Devant tous ces problèmes de pénurie de main-d’œuvre dans le secteur de la santé, la province prévoit que, d’ici le 31 mars 2023, 200 autres infirmières et infirmiers internationaux répondront aux exigences en matière de pratique et de langue nécessaires pour travailler en Ontario. Le gouvernement affirme avoir investi 764 millions $ pour offrir aux infirmières et infirmiers de l’Ontario un incitatif de maintien en poste pouvant atteindre 5000 $ par personne.