le Mercredi 30 novembre 2022
le Vendredi 4 novembre 2022 15:34 | mis à jour le 4 novembre 2022 15:41 Politique

Le manque d’intérêt pour la politique empêche de parler de questions importantes

  Photo : Shutterstock
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Ontario — L’Ontario a connu son plus faible taux de participation électorale depuis 1982 lors des élections municipales et scolaires du 24 octobre. Cette tendance qui s’accélère suscite des inquiétudes quant à la façon dont les gens perçoivent l’importance des élus.

Selon l’Association des municipalités de l’Ontario (AMO), la province a eu un taux de participation de 33 % des résidents éligibles à voter pour leur conseil municipal et leurs conseillers scolaires. En 2018, ce chiffre était de 38 %. 

«C’est certainement inquiétant», dit le président de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC), Yves Lévesque. 

Il y a de nombreuses théories expliquant pourquoi le taux de participation aux élections municipales est plus faible que celui des élections fédérales, par exemple, pour lesquelles le Canada a vu un taux de participation de 76 % en 2021.

Pour le président de l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO), Denis Chartrand, le faible taux de participation aux élections scolaires représente une tendance qui n’est pas nécessairement surprenante, mais sans doute «malheureu[se]». 

«Les gens ont le droit d’aller voter pour des conseillers scolaires qui travaillent dans l’intérêt de l’éducation de leurs enfants dans leurs écoles francophones et on ne les voit toujours pas voter en grand nombre», déplore-t-il. 

Consultez la liste des élus des conseils scolaires du Nord-Est de l’Ontario.

Une raison : le faible nombre de candidatures?

La diminution du nombre de candidats qui se présentent aux élections est une autre grande source d’inquiétude. En 2018, le nombre de candidats inscrits aux élections municipales était de 6658. Ce chiffre est tombé à 6306 en 2022, une baisse d’environ 6 %.

Le résultat se traduit par une augmentation du nombre total de candidats élus sans opposition. En 2014, il y avait 390 élus acclamés. La tendance se poursuit en 2018 (477) et en 2022 (548). «Quand tu as un nombre énorme de gens que tu sais vont être acclamés, tu as très peu de raisons d’aller voter», dit M. Lévesque. 

Il souligne que le phénomène ne s’applique pas uniquement aux élections des conseillers municipaux et aux maires. «J’ai vu 72 % des conseillers scolaires pour nous qui ont étés acclamés avant les élections», indique-t-il.

M. Chartrand avant l’idée selon laquelle la perception de l’absence d’enjeux politiques importants pourrait être en cause.  «Il y a longtemps, il y avait beaucoup plus de gens qui se présentaient parce qu’on se battait pour avoir des écoles francophones. Aujourd’hui, on les a, nos écoles. Donc, certains pensent que la lutte est terminée, quand ce n’est pas vrai. En fait, il faut continuer.»

La faible concurrence politique a un effet d’entrainement : cela signifie qu’il y a moins de débats entre les candidats et possiblement moins d’efforts déployés pour transmettre le programme du candidat. 

Ceci, en plus de décourager les gens à aller voter, peut également les décourager de s’engager dans la politique en général. «Le taux de postes acclamés est un indicateur important du fait qu’il y a peu de gens qui s’y intéressent. Il n’y a pas eu de courses», dit M. Lévesque. 

Une représentation variée dans le Nord

Bon nombre de municipalités dans le Nord de l’Ontario ont dépassé la moyenne provinciale : Nipissing Ouest (48 %), Sudbury (42 %), Thunder Bay (43 %), Timmins (39 %), North Bay (38 %) et Sault-Ste-Marie (38 %). 

Par contre, quelques-unes étaient considérablement sous la moyenne : Hearst (32 %), Kapuskasing (29 %) Rivière des Français (7 %). Rivière des Français a le pire taux de participation dans le Nord de l’Ontario. Cependant, les candidats à la mairie de cette municipalité et de Kapuskasing ont été déclarés gagnants sans opposition avant le jour du vote.