le Mercredi 30 novembre 2022
le Lundi 7 novembre 2022 23:16 | mis à jour le 7 novembre 2022 23:24 Courrier des lecteurs

À notre tour de semer le chaos

Des travailleurs de l'éducation ont manifesté devant le bureau de North Bay du député provincial Vic Fedeli. — Photo : Éric Boutilier
Des travailleurs de l'éducation ont manifesté devant le bureau de North Bay du député provincial Vic Fedeli.
Photo : Éric Boutilier
Courrier par Alex Tétrault, Sudbury

NDLR : Les temps de verbe de cette lettre, reçue le 3 novembre, ont été édités pour reflété les changements dans les négociations (lire ici).

D’un trait, le gouvernement provincial s’en est non seulement prix aux travailleur.euses du milieu de l’éducation, mais a lancé une attaque directe envers notre capacité d’exiger des conditions de travail justes et équitables. Cette action, bien qu’elle soit complètement légale, est immorale et injustifiable. Avec un surplus budgétaire et un secteur qui vit des difficultés importantes, pourquoi est-ce que le gouvernement avait décidé d’appuyer sur le bouton nucléaire constitutionnel? La réponse est très simple : Doug Ford ne s’est jamais intéressé au sort du citoyen ordinaire.

Il s’en sacre royalement si les gens vont mal. S’il peut économiser de l’argent en santé, en éducation, en services sociaux, il va le faire, tout en enrichissant ses amis en développement immobilier, bien sûr. Puis, boss des bécosses par excellence, il va faire tout en son pouvoir pour clore tout débat. Il ne va pas répondre aux questions des médias, ne s’intéresse pas à des négociations ou des discussions productives et n’a aucun désir de prendre ses responsabilités personnelles pour quoi que ce soit. Il va faire à sa tête, tant pis pour les gens qui vont en subir les conséquences. Ce n’est pas pour rien qu’on peut faire des parallèles entre Doug Ford et d’autres politiciens «hommes forts» that say it like it is (les choses sont très rarement comme ce qu’ils disent).

On sait par contre qu’il n’est pas immunisé contre la fureur publique. Une réponse concertée de la part de la population est capable de le faire changer de cap. Nous devons tout simplement ne pas lui donner un autre choix que de reculer. Plutôt qu’encore subir le chaos causé par Ford et ses acolytes, nous devons collectivement causer le chaos, montrer aux gouvernements ce qui arrive quand ils veulent jouer à l’autoritaire. Si cette injustice passe sans conséquence pour nos élus, c’est fini pour nous toustes. [S’il tente à nouveau la manœuvre dans ce dossier] tous les conseils scolaires, syndicats et parents en province ont le devoir social d’offrir leur solidarité aux 55 000 travailleur.euse.s affecté.e.s. Nous devons exiger la fermeture de toutes les écoles en province, et ce, jusqu’à ce que Doug Ford fasse demi-tour. 

Pour certains parents, je peux bien comprendre pourquoi devoir à nouveau s’occuper des enfants à la maison serait un inconvénient. Les dernières années n’ont certainement pas été faciles pour les familles! Ils pourraient donc être facilement portés à ignorer les plaintes du personnel de soutien, les minimiser comme étant du chialage ou de la cupidité. Après tout, ils veulent juste plus d’argent public — donc l’argent des contribuables — dans leurs poches. Dans cette perspective, pourquoi un parent devrait-il les appuyer, surtout que ça vient bouleverser sa vie et celle de ses enfants? Est-ce que leur travail est vraiment si important?

Mettant de côté cette vision «facebookiste» de la réalité, il faut se poser la question : pourquoi est-ce que le confort d’un parent devrait être plus important que les droits des personnes qui encadrent l’éducation de son enfant, qui veillent à son bienêtre, à sa santé, à sa sécurité? Pourquoi est-ce que leur travail devrait être considéré comme secondaire et en quoi est-ce qu’un parent peut dire ce que ces personnes méritent? Que dirait un parent si on débarquait dans son milieu de travail pour leur dire qu’il ne mérite pas son salaire? Le parent, bien sûr, serait bouleversé. Avec un enfant malade à la maison, un loyer qui part en vrille et un char qui vient de lâcher, la vie est déjà assez difficile avec son salaire douteux. Les travailleur.euse.s qui appuient les enfants à l’école sont dans le même bateau et ont eux aussi des familles à nourrir, des vies à mener. Tout ce qui est recherché ici ce sont des conditions de travail qui reconnaissent la juste valeur de leur temps et de leur énergie. Nous devrions toustes aspirer à ça et nous appuyer dans nos luttes respectives. La marée montante soulève tous les bateaux.

Ford s’est déjà montré très à l’aise de faire fi des normes constitutionnelles et de la décence. Il compte sur notre atomisation, sur le manque de solidarité entre nous, pour continuer à nous passer des sapins. Peut-être que la prochaine fois, ce sera au tour des héros du système de santé de manger la claque, peut-être le secteur de la construction ou de l’aide juridique, peut-être l’industrie dans laquelle vous travaillez? 

Quand les élu.es placent leurs intérêts politiques au-dessus des droits et libertés de la population, ils sont toujours prêt.es à baisser la barre davantage. Qui sait ce qui se trouvera au fond du gouffre, mais n’oublions pas que nous ne sommes pas obligés de le découvrir.