le Dimanche 4 Décembre 2022
le Mercredi 9 novembre 2022 14:49 Société

Des efforts encore à faire pour éliminer la discrimination dans la communauté francophone

Sudbury — Pour la toute première fois, une recherche vient d’être menée à Sudbury sur la discrimination auprès de la communauté immigrante francophone noire. Bien qu’il y ait un écart entre la discrimination perçue et celle vécue, la population consultée dans le cadre de cette étude confirme l’existence de ce phénomène à Sudbury. Faite en 2021 par le Réseau du Nord, ses résultats ont été publiés le 27 octobre.

Plus de la moitié des participants à l’étude ont été victimes de discrimination, peut-on le lire dans un rapport, détaillant comment l’étude a été menée. Cinquante-sept pour cent des répondants affirment avoir subi de la discrimination à Sudbury. Il est à noter que 17 % des répondants perçoivent la discrimination comme «très répandue».

La discrimination contre les immigrants francophones issus de la minorité visible apparait dans une multitude de domaines, comme l’éducation, l’emploi, les soins de santé, etc. Soixante-huit pour cent de la minorité radicalisée interrogée estiment qu’il y a de la discrimination dans le secteur de l’employabilité; 38 % précisent qu’il y a une discrimination au niveau de l’accès aux postes décisionnels. 

La discrimination est aussi prononcée au niveau du logement (40 %), de l’éducation (37 %) et des soins (30 %). Selon le nombre de réponses collectées relatives à la perception de la discrimination à Sudbury, les immigrants seraient discriminés en moyenne dans 2,9 secteurs.

Sept associations ethnoculturelles et estudiantines de la ville du Nickel ont collaboré à la recherche.

Le rapport a été discuté lors du Forum communautaire de Communauté francophone accueillante Sudbury le 8 novembre. Plus de détails dans les prochains jours.

Photo : Julien Cayouette

Variation sur le sexe et le nombre d’années

Les femmes sont plus discriminées que les hommes — 63 % pour les femmes et 52 % pour les hommes. Les résultats de l’expérience de discrimination selon genre corroborent ceux de la discrimination perçue. Bien que les deux aient perçu et vécu la discrimination à Sudbury, les femmes immigrantes issues des minorités visibles sont plus affectées par la discrimination que les immigrants issus des minorités visibles.

La discrimination contre les immigrants francophones issus des minorités visibles apparait tout au long de leur cycle de vie. Son ampleur varie selon le nombre d’années de résidence à Sudbury. Elle semble moins prononcée pour les participants qui ont un nombre d’années à Sudbury inférieur à un an et ceux qui y sont depuis plus 11 ans. 

Cependant, plus que la moitié des immigrants qui ont un nombre d’années de résidence entre une an et cinq ans se sont heurtés à des actes discriminatoires (51 %). La discrimination est encore plus vécue par ceux qui résident entre 6 ans et 10 ans à Sudbury (74 %).

Sentiment d’inclusion des immigrants à Sudbury

Dans l’ensemble, la recherche montre que la communauté francophone sudburoise est inclusive.

Selon les commentaires recueillis, travailler dans un milieu francophone favorise le développement du sentiment d’inclusion dans la communauté francophone locale. En outre, l’accès aux services en français constitue un facteur favorable à l’intégration dans la communauté francophone locale. 

La complétude institutionnelle est indispensable à la vitalité de la francophonie locale, mais aussi à l’interaction entre les francophones.

L’idée maitresse qui ressort des propos des participants est l’urgence des actions qui consolideraient à la cohésion sociale de la communauté francophone. Cependant, il semble que certains positionnements peuvent nuire à la création d’une communauté francophone cohésive.

Diplômes non reconnus

La plupart des participants à l’étude semblent éprouver des difficultés à mettre de l’avant leurs compétences et leurs expériences acquises dans leur pays de naissance sur le marché du travail local. Leur niveau de qualifications intellectuelles et professionnelles ne semble pas favoriser leur intégration économique. 

Dans le cadre de cette étude, la déqualification est récurrente chez les immigrants racisés. Ce phénomène est accru, car les diplômes obtenus à l’étranger ne sont pas reconnus. Les résultats de l’étude qualitative corroborent ceux de l’étude quantitative. 

En effet, et selon 58 % des participants, les immigrants qui détiennent un diplôme international d’études supérieures semblent subir de la discrimination. Quoique ces participants détiennent un diplôme et aient une expérience professionnelle dans leurs pays d’origine, la non-reconnaissance des diplômes internationaux (72 %) et de l’expérience professionnelle étrangère (28 %) les ont conduits à une situation de déqualification professionnelle.

Manque d’accompagnement

Seuls 59 % des participants ont répondu à la question qui porte sur l’accompagnement des victimes de discrimination à Sudbury. Quatre-vingt-treize pour cent de ceux qui ont répondu à cette question affirment qu’aucune mesure n’a été prise après avoir subi ce préjudice. Les immigrants issus des communautés racialisées et ayant vécu une expérience de discrimination ne semblent pas être accompagnés. Apparait ainsi une déficience au niveau de la prise en charge des personnes discriminées.

La lutte contre la discrimination ne semble pas débutée pour un bon nombre des participants à cette étude. Soixante-quatre pour cent estiment qu’aucune action n’a été entreprise pour contrer ce phénomène d’exclusion et de distinction fondée sur la couleur. Par contre, 25 % de l’échantillon affirment que certains organismes ont déjà entrepris des actions pour lutter contre la discrimination. 

L’objectif de cette étude est de mettre à disposition de la communauté francophone et anglophone des résultats qui contribueront à une meilleure compréhension de l’ampleur de la discrimination. Une consultation communautaire a eu lieu le 8 novembre dans le cadre du forum communautaire organisé par Communauté francophone accueillante Sudbury. Des actions pour lutter contre la discrimination seront proposées par la communauté francophone et avec les immigrants francophones.