le Mercredi 30 novembre 2022
le Mercredi 16 novembre 2022 11:17 Éditorial

Droits linguistiques encore bafoués

  Photo : Acadie Nouvelle
Photo : Acadie Nouvelle
Éditorial — La Constitution canadienne ainsi que de nombreux de précédents historiques indiquent clairement que le gouvernement fédéral a la responsabilité de veiller aux droits des minorités. Et c’est une bien bonne chose, parce que les provinces nous montrent souvent qu’elles se fichent royalement de nos droits linguistiques. Prenons par exemple certaines récentes déclarations et décisions au Nouveau-Brunswick et en Alberta.

Le premier ministre néobrunswickois, Blaine Higgs, ex-membre du parti antibilinguisme Confederation of Regions (COR), vient encore de montrer ses vraies couleurs. Non seulement a-t-il nommé l’ex-chef du Parti des gens (ben oui, une traduction boiteuse du parti antibilinguisme People’s Party), Kris Austin, au sein de son Cabinet, il vient de lui donner un poste dans l’équipe gouvernementale chargée de réviser la Loi sur les langues officielles de cette province. C’est ouvrir toute grande la porte de la bergerie au loup. 

Et ce n’est pas la seule bêtise de ce premier ministre. Il a récemment déclaré que le Commissariat aux langues officielles du Nouveau-Brunswick est trop négatif et qu’il faudrait revoir son mandat. Il est bien sûr évident qu’il ne voulait pas dire de donner plus de pouvoir au commissaire. Comme l’écrit l’éminent juriste, Michel Doucet, Higgs démontre ainsi «son manque de connaissance de la nature des droits linguistiques et du rôle important que joue le Commissariat aux langues officielles». 

Malheureusement Higgs n’est pas le seul à démontrer cette mesquinerie envers les droits des francophones. En nommant son nouveau Cabinet, la nouvelle première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, a aboli le poste de secrétaire parlementaire à la francophonie. L’objectif de sa fameuse proposition de loi sur la souveraineté (Sovereignty Act) serait justement de lui permettre de refuser des lois fédérales qui ne lui plaisent pas. Comme certaines dispositions de la Loi sur les langues officielles qui touchent l’éducation.

Si on remonte un peu dans le temps, en Ontario, nous nous souvenons tous qu’en 2018, le premier ministre Doug Ford abolissait le Commissariat aux services en français et mettait fin à la création d’une université de langue française à Toronto. Bon, à la suite de la levée de boucliers et l’intervention du fédéral, Ford est revenu sur sa décision au sujet de l’université, mais il n’a toujours pas rétabli l’indépendance du Commissaire. Ce poste est toujours assujetti à l’Ombudsman de l’Ontario.

Et encore un peu plus loin dans le temps, rappelons-nous qu’en 1988, les provinces de l’Alberta et de la Saskatchewan se déclaraient unilingues anglaises. Elles se soustrayaient ainsi à un jugement de la Cour Suprême qui confirmait leur statut bilingue décrété en 1877 par l’Acte des Territoire du Nord-Ouest. Avouons cependant que ces provinces ont dilué cet unilinguisme au fil des ans. 

Inutile, bien sûr, de parler ici de l’ignoble Règlement 17 et des lois provinciales d’autres provinces qui, pendant plusieurs générations, ont interdit l’enseignement en langue française.

Les provinces n’ont jamais été les alliées des francophones minoritaires. Il est donc important pour nous, francophones minoritaires, d’élire à Ottawa des gouvernements qui nous défendent. Même si cette défense est quelques fois assez mièvre.