le Dimanche 5 février 2023
le Mercredi 30 novembre 2022 10:13 Éditorial

Le changement d’attitude du Canada face à l’indo-pacifique

  Photo : Shutterstock
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Éditorial — La nouvelle Stratégie Indo-Pacifique du Canada est à la fois courageuse et risquée.

En fin de semaine, la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, dévoilait la Stratégie Indo-Pacifique du gouvernement canadien. Le document propose la nouvelle vision et les visées d’avenir du Canada envers cette région stratégique qui compte plus de la moitié de la population de la planète dans une quarantaine de pays. La Stratégie inclut un investissement canadien de quelque 2,3 milliards $ afin d’appuyer une plus grande présence du Canada dans cette région, mais ce qui retient l’attention c’est la nouvelle vision du Canada envers la Chine.

Au cours des deux derniers mois, les ministres Joly et Chrystia Freeland ont déjà laissé entendre, lors de discours aux États-Unis, que le Canada voyait maintenant la Chine comme un perturbateur de l’ordre mondial. La nouvelle Stratégie vient confirmer cette position. L’investissement de 500 millions $ en défense dans cette région indique d’ailleurs clairement que le Canada veut jouer un rôle avec ses alliés pour contrer l’impérialisme chinois. 

Le Canada a déjà de sérieux alliés dans la région en étant membre du fameux Groupe des cinq (5-Eyes), ce regroupement qui permet au Canada, aux États-Unis, à l’Australie et à la Nouvelle-Zélande — plus la Grande-Bretagne — de partager des renseignements militaires. Le Canada veut maintenant y jouer un plus grand rôle en déployant une frégate dans la région afin de garantir la circulation maritime internationale dans le détroit de Taiwan et la mer de Chine méridionale (South China Sea).

La nouvelle initiative canadienne n’est cependant pas juste une question militaire. En fait, la Stratégie est surtout de nature sociale et commerciale. Fidèle à sa réputation, le Canada veut, par exemple, investir dans des projets qui favorisent l’émancipation des femmes. Et notre pays veut aussi développer des liens commerciaux plus étroits avec de grandes économies. Plusieurs experts prédisent d’ailleurs un rapprochement commercial avec le Japon et l’Inde.

Les deux pays sont évidemment des partenaires de choix. Le Japon parce que, malgré un sérieux ralentissement depuis une dizaine d’années, ce pays demeure une des grandes puissances économiques mondiales. L’Inde parce que c’est un des pays qui connait, depuis quelques années, une forte expansion de son économie. C’est aussi un pays avec lequel le Canada a des atomes crochus : système parlementaire de type britannique, anglais comme langue commune et une diaspora indienne importante déjà implantée au Canada.

Le type de virage envisagé dans la Stratégie Indo-Pacifique comporte cependant certains risques. Des 40 pays de la région, plusieurs n’ont pas la maturité démocratique qu’a le Canada. Plusieurs sont tout simplement des autocraties pliées à la volonté de juntes militaires ou de dictateurs. Même dans certains pays qui jouissent de ce qui ressemble à des élections, celles-ci sont souvent manipulées*. On pense notamment aux Philippines et même à l’Inde, où le premier ministre Narendra Modi est un hyper nationaliste qui a suscité la discrimination envers les musulmans de son pays.

La nouvelle stratégie canadienne ne mentionne évidemment pas ces possibles embuches, mais on imagine que nos dirigeants en sont conscients et qu’ils sauront gérer cette initiative pour le bien de tous les peuples.