le Mercredi 8 février 2023
le Dimanche 4 Décembre 2022 1:01 Arts et culture

Une rare comédie musicale toute franco-ontarienne

  Photo : Marianne Duval
Photo : Marianne Duval
Sudbury — Vaches, the musical n’est probablement pas la première comédie musicale franco-ontarienne, mais on peut surement dire qu’elle est une des rares. Après plusieurs années de préparations, prolongées par la pandémie, la tournée commence et les cinq comédiens présenteront la production de Création In Vivo le 10 décembre à la Place des Arts du Grand Sudbury.

L’action — et les chansons — se déroule à Casselman dans l’Est ontarien pendant la crise du verglas de 1998. La vie de milliers de vaches des fermes laitières de la région est en danger puisque, sans électricité, on ne peut pas les traire, ce qui est mauvais pour leur santé. Un agriculteur, Jean, fera tout en son pouvoir pour aider à sauver la vie de centaines de vaches malgré les obstacles qui se présentent devant lui. 

L’un des coauteurs, Stéphane Guertin, dévoile que la pièce est inspirée des actions d’un agriculteur qui s’est promené de ferme en ferme avec une génératrice pour que les producteurs laitiers puissent traire leurs vaches pendant la vraie crise du verglas. On ne raconte pas son histoire, le récit va plutôt dans d’autres directions.

«La crise du verglas est pas mal un des plus gros drames qu’à connu l’Est ontarien. Même si c’est une comédie, on voulait l’ancrer dans quelque chose de solide. De l’ancrer dans un vrai drame, c’est une bonne façon d’aller chercher des émotions sincères», explique M. Guertin.

Le metteur en scène, Dillon Orr, voit le désir de la fille de Jean de déménager à Toronto comme l’un des conflits principaux de la pièce. Une représentation de l’exode rural des jeunes. Un sujet qui est tout aussi vrai «que ce soit à Casselman ou à Coniston».

La rareté des comédies musicales franco-ontariennes

Stéphane Guertin est un des quelques Franco-Ontariens qui participent à la création de comédies musicales. Dans son cas, il le fait surtout au Québec, mais plusieurs travaillent en anglais à Toronto ou aux États-Unis. 

Le théâtre musical existe en Ontario. M. Guertin fait justement référence à la période Brigitte Haentjens/Jean Marc Dalpé au Théâtre du Nouvel-Ontario. «Mais dans les mots de Jean Marc Dalpé, ce n’était pas de la comédie musicale. C’était du théâtre où on chantait de temps en temps.»

«Un théâtre musical est mené par son texte et, de temps en temps, il y a des chansons, poursuit M. Guertin. Tandis qu’un musical n’existerait pas sans la chanson. La musique fait partie intégrante du développement dramaturgique du spectacle.»

La comédie musicale est donc une catégorie séparée. «Il y a une formule dans les comédies musicales. Chaque spectacle commence avec la chanson qui présente le lieu, ensuite on passe aux personnages, etc.», explique le metteur en scène. 

La musique permet aussi de toucher les émotions des spectateurs différemment, dit-il. L’humour au début d’un spectacle permet au spectateur d’être à l’aise plus rapidement. «Ce qui fait que quand on s’en va dans un moment plus dramatique, le spectateur est beaucoup plus facile d’accès. La musique fait pas mal la même chose», affirme M. Orr.

C’est aussi une commande bien différente pour les comédiens, qui doivent être des acteurs, des chanteurs et des danseurs accomplis. Dans le cas de Vaches, the musical, cinq comédiens interprètent environ 25 personnages!

S’ajoute à cela la musique originale, qui doit être accrocheuse. Là-dessus, Dillon Orr donne tout le crédit au compositeur Brian St-Pierre. «Il a un grand talent de ver d’oreille, de musique populaire. Il a inventé une sorte de pop-country franco-ontarien qu’on n’existe nulle part ailleurs. Elle met un sourire sur le visage.»

Les risques associés à ce genre de production expliquent peut-être leur rareté. Elles coutent plus cher à produire et, si elle déplait, elle devient un gouffre financier pour un petit organisme. Pour cette raison, Dillon Orr dit avoir fait beaucoup réfléchi pour avoir «un Broadway avec des budgets franco-ontariens». Certains choix pour le décor rendent des moments clownesques encore plus drôles, assure-t-il.

Histoire régionale, succès international?

Il semble déjà que Vaches, the musical sera un succès. Présentée en vitrine récemment à Rimouski et à Moncton, deux villes qui n’ont pas connu la crise du verglas, les réactions ont été très positives, lance M. Guertin. «À Rimouski, on a eu une ovation instantanée, ce qui arrive très très rarement. Il y a même des diffuseurs européens qui ont vu le spectacle et qui veulent nous amener en France en 2024.» 

«On a réussi notre pari. Ça parle à tout le monde. “Pour parler du monde, il faut parler de soi”, disait Robert Lepage», cite Dillon Orr.

Le style absurde choisi par les auteurs — M. Guertin et Olivier Nadon sont aussi membres d’Improtéine — aide peut-être à faire oublier l’ancrage historique et géographique. Et ce style, qui se rapproche de la signature de Dillon Orr, est une des raisons pour lesquelles il a été choisi pour faire la mise en scène.

Vaches, the musical sera présenté à Sudbury par La Slague et le Théâtre du Nouvel-Ontario le 10 décembre à 14 h 30 et 19 h 30. Une représentation prévue à Hearst le 3 décembre a dû être annulée pour des raisons techniques.