le Mercredi 8 février 2023
le Jeudi 8 Décembre 2022 11:22 | mis à jour le 8 Décembre 2022 17:02 Éditorial

Quand connaitre la vérité apporte peu de réconfort

  Photo : Archives
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On comprend pourquoi les deux lettres ont été scellées au début de la LACC.

Il est vrai que l’on n’apprend pas grand-chose de nouveau dans l’échange de lettres entre le ministère des Collèges et Universités et l’Université Laurentienne, rendu public la semaine dernière. Ce que l’on constate, c’est surtout le niveau d’opacité malhonnête et le désir de tout vouloir garder secret qui animait l’administration dans sa quête d’avoir recours à la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC).

Rappelons rapidement qu’il s’agit ici des lettres que la Laurentienne avait demandé de garder scellées lors de sa demande de recours à la LACC. Son argument était que ces lettres nuiraient aux négociations pour sa restructuration. Elle avait raison. Personne ne les aurait pris au sérieux si leur attitude avant LACC avait été publique.

Quand l’ancien recteur, Robert Haché, martelait qu’il n’avait pas d’autre choix que d’avoir recours à la LACC, il omettait volontairement un détail. Ce que démontre l’une des lettres, c’est qu’ils ont tout fait pour être obligés d’y avoir recours. 

Le ministère et l’ancien ministre Ross Romano n’y font pas meilleure figure. Ils étaient au courant des intentions de la Laurentienne depuis aout 2020. Des négociations ont eu lieu, le ministère a mollement essayé de trouver une solution, mais ils se sont retrouvés face à une université et des avocats intransigeants qui avaient déjà pris leur décision. 

Le ministère aurait dû prendre des mesures extraordinaires pour cette menace extraordinaire. Avec une telle attitude, la Laurentienne aurait dû être mise sous tutelle. Difficile de croire que le gouvernement n’était pas capable d’imaginer la destruction économique qu’entrainerait le licenciement annoncé de 120 professeurs. 

Tout ça pendant que l’Université se servait des étudiants comme bouclier humain.

Culture du secret

L’Association des professeures et professeurs de l’Université Laurentienne (APPUL) se plaignait depuis longtemps du manque de transparence de l’administration et du conseil des gouverneurs. Ces lettres leur donnent une fois de plus raison; l’administration voyait les professeurs comme des ennemis, plutôt que des alliés potentiels.

L’utilisation de la LACC a été spécifiquement invoquée pour éviter de négocier avec le syndicat et que l’état des finances de l’Université ne devienne public. L’administration savait que le syndicat avait l’intention de faire une demande à la Commission des relations de travail de l’Ontario et voulait éviter à tout prix que «les documents sur [la] position financière, incluant la pratique historique de ne pas mettre de côté les fonds réservés, se retrouvent dans le domaine public».

L’université avance que «les professeurs ne sont pas prêts à faire face aux circonstances financières de l’Université». À qui la faute? Ne soyons pas naïfs, le syndicat des professeurs a certainement été un interlocuteur difficile au fil des ans. Mais si l’administration avait été transparente dès le début — des années auparavant —, les professeurs auraient été «prêts» à étudier la situation et faire leur part.

Nous ne voulons pas de vos excuses

Il est trop tard pour les excuses, même si plusieurs en demandent. La plupart des joueurs qui ont causé les problèmes financiers de la Laurentienne — et qui ont mis en péril le fait français dans le Nord-Est de l’Ontario — sont partis. Des excuses venant d’un conseil des gouverneurs totalement différent et d’un nouveau recteur ou d’une nouvelle rectrice ne voudront absolument rien dire. Ils n’ont rien fait.

Des excuses et des regrets sincères d’anciens recteurs seraient plus appropriés.

Ce que nous aimerions encore plus voir, ce sont des avocats repentants. Ces vautours venus de Toronto et qui étaient «enthousiastes» de venir démolir ce que le Nord de l’Ontario avait construit, qui repartent avec des millions de dollars en laissant des miettes à ceux qui ont passé des années à vraiment se battre pour les étudiants. S’ils avaient une once d’empathie, ils redonneraient cet argent à l’Université pour qu’elle puisse remettre plus que 12 % de ce qu’elle doit à ceux qui ont sué pour elle.

C’est ça qu’on aimerait voir… et une université de langue française qui récupère les programmes de la Laurentienne.