le Dimanche 5 février 2023
le Mercredi 14 Décembre 2022 10:41 Éditorial

Du nickel à l’éducation

  Photo : Shutterstock
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Éditorial — Il semblerait que ce soit une caractéristique humaine de croire que la vie que nous avons connue continuera éternellement.

Ça expliquerait notre résistance au changement. On le voit depuis plus d’une décennie en ce qui a trait aux changements climatiques. On a de la difficulté à changer nos habitudes. Mais cette caractéristique ne s’applique pas seulement à l’environnement, elle influence nos décisions dans toutes les facettes de la vie, autant personnelle que sociale, politique ou économique. Et, malheureusement, elle nous empêche de prévoir.

Prenons par exemple le rôle du secteur minier à Sudbury. La découverte d’importants gisements de cuivre et de nickel a transformé, au début du siècle dernier, une petite bourgade de coupeurs de bois en capitale mondiale du nickel. Et, pendant quelque 70 ans, nos dirigeants ont géré la région comme si ça devait durer éternellement. Il aura fallu les mises à pied de plus de 2000 travailleurs miniers à la fin des années 1970 pour que nos politiciens commencent à parler de diversification économique. 

Lors de ce choc, nous avons été chanceux d’avoir des dirigeants qui ont imaginé un avenir où les secteurs de la santé, de l’éducation postsecondaire et du tourisme pourraient venir combler le déficit économique et démographique annoncé. On a aussi pu compter sur de nombreux travailleurs spécialisés qui ont compris qu’ils pouvaient quand même gagner leur vie dans le secteur minier en créant de compagnies qui, aujourd’hui, vendent leurs services partout dans le monde. Sudbury est encore aujourd’hui la plus grosse grappe minière au monde. 

L’économie minière mondiale a cependant bien changé depuis 50 ans. Dans les années 1970, Sudbury était le plus gros producteur de nickel au monde. Aujourd’hui, le Canada ne possède que 2,1 % des réserves mondiales de nickel comparé auc 22 % de l’Indonésie et de l’Australie. 

Un des plus gros changements à Sudbury a certainement été la prise de contrôle de nos complexes miniers par des sociétés étrangères. Pour celles-ci, Vale et Glencore, Sudbury ne représente qu’une infime partie de leurs revenus. Voilà pourquoi, par exemple, Vale annonçait récemment vouloir séparer sa division de métaux de base, nickel et cuivre, de sa division de minerai de fer beaucoup plus importante en termes de revenus et de profits. Le géant minier prévoit d’ailleurs une baisse de sa production de nickel au Canada.

Pendant ce temps, nous continuons de voir l’économie locale dans le rétroviseur. 

Comment expliquer autrement qu’on jouisse d’un superbe lac près du centre de la ville — sans compter nos 300 autres lacs — et que nous ne nous en servons pas pour mousser le tourisme? Pourquoi ne favorise-t-on pas la création d’un centre de villégiature sur ses berges. Ben non! On vend plutôt une grande propriété à un développeur qui veut y construire des condos… et qui ne le fait pas. 

Que devons-nous comprendre du fait que la municipalité n’appuie pas ouvertement et sans réserve la création d’une université de langue française ici? L’Université de Sudbury tente de le devenir depuis plus d’un an et on n’a pas encore vu notre conseil municipal ou notre Chambre de commerce s’en mêler. 

Il serait temps de voir l’avenir au travers du parebrise plutôt que par la lunette arrière.