le Mercredi 8 février 2023
le Jeudi 22 Décembre 2022 22:27 Décembre 2022

Une histoire qui contient un pensionnat, un article de journal, un record solo… et un titre odieusement long

La sœur de Chanie Wenjack, Evelyn Baxter, et Gord Downie à l’extérieur de sa maison à Ogoki Post, Ontario. — Photo : Grand Chief Alvin Fiddler
La sœur de Chanie Wenjack, Evelyn Baxter, et Gord Downie à l’extérieur de sa maison à Ogoki Post, Ontario.
Photo : Grand Chief Alvin Fiddler
North Bay — J’aimerais vous raconter une histoire.

L’histoire commence avec un garçon, un pensionnat et une ville. La ville, c’est Kenora (ON). Le pensionnat, c’est Cecilia Jeffrey Indian Residential School. Et le garçon, c’est Chanie Wenjack.

Maintenant, vous devez savoir les horreurs des pensionnats : des écoles où le gouvernement a forcé les enfants autochtones pour leur enlever leur culture avec des règles strictes, des enseignants·es abusifs et des punitions… extrêmes, disons.

Chanie vivait au pensionnat Cecilia Jeffrey et il le détestait. Il manquait sa vieille vie sur la réserve et il voulait s’échapper. Apparemment, ça, c’est ce que deux de ces amis (des frères orphelins) voulaient faire aussi. Donc un jour, le 16 octobre 1966, ils ont fait exactement cela. Ils ont couru jusqu’à la maison de l’oncle des frères, avec succès, sans se faire attraper par les gardes. Après quelques jours, Chanie a décidé d’aller seule à la maison de son père. Avec seulement des vêtements en coton, un coupe-vent et une canne en verre contenant 7 allumettes, il a fait son chemin à la maison en suivant un chemin de fer.

Malheureusement, ce serait ces derniers jours de vie, car le 23 octobre, il est mort sur le chemin de fer à cause de la température froide et de la faim. Trente six heures après avoir quitté le chalet. 

Un mois après, les frères, leur oncle, le père de Chanie et plusieurs autres témoins se sont fait questionner au sujet de la mort de Chanie. Avec l’information qu’ils ont donnée, un jury a fait plusieurs suggestions pour améliorer les pensionnats, mais une question s’est fait poser qui changerait l’histoire du Canada : «Ce système d’éducation indien, c’est moral ou non?». 

Un an après, un article a été publié dans le magazine Maclean’s à propos de la fuite de Chanie et cette question sur la morale. Souvenez-vous de cela.

NCFTARAUDU

Maintenant, je vais vous raconter une autre histoire. Elle concerne un musicien, un artiste et un acronyme. L’acronyme c’est NCFTARAUDU. L’artiste, c’est Jeff Lemire. Et le musicien, c’est Gord Downie.

Vous connaissez le groupe The Tragically Hip? Vous devez. C’est un groupe musical canadien légendaire et monsieur Downie était le chanteur et le compositeur du groupe.

Nous sommes maintenant en aout 2016. Gord et les autres venaient de finir une tournée pour l’album Man Machine Poem et, un jour, le frère de Gord, Mike, lui a montré l’article du Maclean’s que j’ai mentionné avant. Gord a été INSPIRÉ.

Il a donc commencé un nouveau projet pour raconter l’histoire de Chanie Wenjack et les pensionnats, avec une bande dessinée illustrée par Jeff Lemire, un film court et un album. Le projet s’appelait Secret Path et il a été publié le 23 octobre 2016, lors du 50e anniversaire de la mort de Chanie. 

Le message que Gord Downie voulait partager avec ce projet, c’était que les pensionnats et leurs histoires ne doivent pas être ignorés. Et il semble que Secret Path a été succès, car le projet a eu beaucoup d’attention du public. Les revues du film, de l’album et du livre étaient toutes positives; ils ont tous reçu des prix. 

Quelques écoles l’ont même utilisé pour l’éducation sur les pensionnats. Mais, ce qui était le plus intéressant, c’était l’impact culturel. Tous les fonds générés par Secret Path étaient donnés au National Center for Truth and Reconciliation à l’Université du Manitoba et elle a aussi commencé son propre organisme de charité : le Gord Downie and Chanie Wenjack Fund. Ils ont apparemment récolté beaucoup d’argent. Je ne sais pas si c’est à cause de Gord Downie qu’on apprend sur les pensionnats à l’école aujourd’hui… peut-être.

Donc, quelle est la morale de l’histoire? Peut-être c’est que la musique est plus puissante que les gens s’en aperçoivent. Ou, c’est que nous pouvons nous réconcilier, peu importe le problème. Ou, peut-être c’est juste que la musique c’est cool, man! Seul le temps nous le dira.