le Mercredi 8 février 2023
le Mardi 17 janvier 2023 10:49 Chroniques et blogues

Céline Dion nous a permis de rêver à voix haute – en français

Céline Dion — Photo : Shutterstock
Céline Dion
Photo : Shutterstock
Le Canada franco est, comme on dit par chez nous, en maudit.

Céline Dion — notre belle Céline — a été snobée. Nier sa place dans le palmarès des 200 plus grands chanteurs et chanteuses de l’histoire récemment publié par le magazine américain Rolling Stone

Ah, ces Américains! 

«Ce sont les chanteurs qui ont façonné l’histoire et défini nos vies, des smooth operators aux hurleurs crus, de l’évangile au punk, de Sinatra à Selena en passant par SZA», a écrit Rolling Stone dans un préambule à la liste vexante. 

Ce scandale a fait couler beaucoup d’encre, les champions de Céline qualifiant cette omission de «crime contre l’humanité», dénonçant la liste avec véhémence via la fameuse mème de Céline qui «téléphone à la police». Une caravane de zélés s’est même rendue de Montréal à New York pour manifester devant le siège de Rolling Stone.

Mais peu importe — l’Amérique française a toujours su que Céline avait façonné et défini le monde, son ascension fulgurante une manifestation de la volonté de générations de francophones sur ce continent.

Céline a visité Sudbury au début des années 1990. J’étais à l’aube d’un jeune âge adulte, loin des tounes de Pierre et le papillon et de Suzanne Pinel qui avaient bercé ma tendre enfance franco-ontarienne. Et soudain, la voilà, une Québécoise cool. Une chanteuse, une star, une idole. 

J’étais électrifiée. 

Pourtant, je la connaissais déjà, comme tous les petits Franco-Ontariens. Nous avions tous appris les paroles d’Une colombe, une toune magique chantée par Céline à 16 ans alors qu’elle accueillait le pape Jean-Paul II lors de sa visite à Montréal en 1984.

Ce printemps-là, cependant, je l’ai à peine reconnue. Jeune et sûr de la force de sa voix. Généreuse, signant des autographes, engageant mon jeune frérot dans une conversation et, lui, étonné que la jeune diva fût descendue de son divin trône pour parler à un mortel («Daniel!? J’ai un frère nommé Daniel!»).

En 1990, l’année où l’artiste américaine Pink dit que Rolling Stone a perdu toute son importance, Céline allait à nouveau inspirer ma jeune âme francophone. À l’occasion du Gala de l’ADISQ en octobre de la même année, Céline a remporté — et a refusé — le prix de l’artiste anglophone de l’année pour Unison, en disant : «Partout dans le monde, je suis fière de dire que je suis québécoise».

C’était un acte de résistance.

Il y eut des réactions négatives de la part de la presse, des éloges de l’éminent Jacques Parizeau et même une réfutation au rédacteur en chef du Montreal Gazette par son agent (et futur époux) René Angelil.

Fière, féroce et franco, la fille d’un «peuple sans littérature et sans histoire», d’un continent où «la langue, les lois et le caractère sont anglais», Céline venait de subvertir les forces de l’histoire qui ont cherché à avaler le fait français à travers l’Amérique française pendant des siècles.

Rolling Stone veut de l’impact culturel — Céline brings it, comme on dit en anglais, et représente l’incarnation d’une promesse que nous, de l’Amérique française, avons une voix dans le firmament. 

Céline a percé le zeitgeist pour qu’on puisse rêver à voix haute.

En français.