le Dimanche 29 janvier 2023
le Mercredi 18 janvier 2023 14:43 Arts et culture

Qu’est-ce que l’on transmet?

Guslagie Malanda dan le rôle Laurence Coly et Kayije Kagame dans le rôle de Rama. — Photos : Dossier de presse
Guslagie Malanda dan le rôle Laurence Coly et Kayije Kagame dans le rôle de Rama.
Photos : Dossier de presse
Critique du film Saint-Omer.

Les actions des autres donnent-elles des indices sur nos propres limites? Sommes-nous condamnés à répéter les erreurs de nos parents? Sommes-nous toujours en contrôle de nos actions? Le film français Saint-Omer pose ces questions et donne un début de réponse.

Rama, une professeure et romancière de Paris, se rend à Saint-Omer assister au procès de Laurence Coly, une immigrante sénégalaise accusée d’avoir tué sa fille de 15 mois. Plus le procès avance, plus Rama perçoit des similarités avec sa propre vie et commence à être anxieuse par rapport à sa grossesse.

Les habitués de films judiciaires américains risquent de trouver Saint-Omer lent et drabe. C’est le système de justice français à l’écran et ses conventions sont moins familières pour le public américain. Lorsque l’on accepte cette différence, on entre rapidement dans l’histoire. Le décor dénudé permet justement à cette histoire de prendre toute la place et aux émotions d’être le point focal.

Le cas de Laurence Coly est présenté de façon aride, parfois robotique par l’accusée. Mais son récit est intéressant et les longs monologues parviennent à garder notre attention. La réalisatrice, Alice Diop, n’a pas peur des silences. Ils permettent de déchiffrer les émotions des personnages et les comédiens sont souvent efficaces à les exprimer. Cependant, la caméra n’est pas toujours pointée vers la personne qui parle, ce qui empêche d’apprécier certains moments.

L’histoire en est une de santé mentale, des difficultés qu’ont les immigrants à faire leur place dans les pays occidentaux et sur la façon dont nos relations nous façonnent. C’est aussi une histoire de ce que les mères lèguent à leurs filles et ce que les mères gardent des relations avec leurs filles. Chacune doit trouver quoi faire avec les bons et les mauvais côtés.

L’exploration n’est pas complète pour chacun de ces éléments, mais les clés sont présentes pour lancer la réflexion.

Sans s’en rendre compte, on devient un des jurés choisis au début du procès. On analyse le récit, les discours et les arguments. L’avocate de la défense présente son plaidoyer et les spectateurs doivent choisir, chacun pour soi, quelle devrait être la sentence. On oublie un peu de juger le film et on porte notre attention sur les actions de Laurence.

Saint-Omer a remporté plusieurs prix, dont celui du meilleur film en langue étrangère du Toronto Film Critics Association. Il sera présenté au Sudbury Indie Cinema les 20, 21, 24, 26 et 29 janvier ainsi que le 1er février.