le Mercredi 8 février 2023
le Mercredi 25 janvier 2023 10:15 Éditorial

L’engrenage

  Photo : Shuttertstock
Photo : Shuttertstock
Éditorial — Plusieurs historiens ont déjà affirmé que la plupart des pays qui ont déclenché la Première Guerre mondiale (1914-1919) ne voulaient pas de ce conflit. Ils y auraient été forcés par le jeu des alliances.

Ce jeu morbide pourrait-il refaire surface dans le conflit qui sévit depuis bientôt un an en Ukraine?

En 1914, quand l’héritier du trône d’Autriche, l’archiduc Franz Ferdinand a été assassiné par un nationaliste serbe à Sarajevo, les puissances européennes se sont rapidement lancées dans des déclarations de guerre. D’abord l’Autriche contre la Serbie, suivie de l’Allemagne alliée à l’Autriche qui déclare la guerre à la Russie alliée à la Serbie et éventuellement à la France, alliée à la Russie. Ce jeu d’alliances entrainera finalement la Grande-Bretagne, le Japon et l’Empire Ottoman dans cette hécatombe qui, en quatre ans, coutera la vie à plus quelque 20 millions de personnes.

Une récente déclaration de l’ex-président russe, Dmitry Medvedev, fait craindre que la guerre en Ukraine entraine ce genre de jeu de domino. Maintenant haut responsable du Conseil de sécurité de la Fédération Russe, Medvedev menace maintenant de forger des alliances avec l’Iran, la Corée du Nord et possiblement la Chine afin de contrer l’engagement des pays de l’OTAN qui fournissent des armes à l’Ukraine.  

On sait que l’Iran fournit des drones à la Russie qui les utilise pour larguer des bombes sur des cibles civiles en Ukraine. On apprenait récemment que la Corée du Nord a envoyé du matériel militaire à la Russie. Quant à la Chine, elle vient de renouveler un pacte d’amitié avec la Russie. Elle a aussi refusé de voter en faveur d’un blâme envers la Russie aux Nations-Unies. Et on sait qu’elle a augmenté ses achats de pétrole russe, malgré les sanctions décrétées par la plupart des démocraties. Autrement dit, il semble bien que Medvedev n’aurait pas trop de difficulté à créer une telle alliance. La Russie a déjà des «chums».

De l’autre côté, l’alliance existe déjà. L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) regroupe une trentaine de pays européens et américains. Plusieurs de ces pays fournissent déjà armes et financement à l’Ukraine qui, pourtant, n’est pas membre de l’OTAN. Ce qui a déclenché la récente sortie de Medvedev est d’ailleurs l’idée parmi certains pays de l’OTAN d’envoyer des chars d’assaut Leopard-2 à l’Ukraine. Ces chars, fabriqués en Allemagne, sont supérieurs aux chars russes et l’Ukraine les réclame depuis longtemps afin de repousser les Russes.

Quelle que soit l’issue de la question des chars d’assaut, la menace de Medvedev de créer une alliance pour contrer l’OTAN n’est pas à prendre à la légère. Comme on a vu au début du XXe siècle, le jeu des alliances est un jeu dangereux. Ce serait bien plus périlleux quand on pense que les deux groupes qui se font face présentement sont dotés d’armes nucléaires.

L’OTAN doit bien sûr remettre l’agresseur Vladimir Poutine à sa place, mais, en même temps, il faut s’assurer que la réponse de l’Occident n’enflamme pas le monde entier. C’est une véritable corde raide.